Le comédien cévenol Lionnel Astier préside la cinquième édition du festival des Passeurs de livres à Alès (Gard). Il animera la soirée inaugurale avec Jean Lebrun, autour du thème « Difficiles libertés ». Entretien.
Une relation naturelle avec le festival
Lionnel Astier explique son lien avec l'événement : « C’est un titre honorifique. Mon lien s’est noué grâce à Franck Belloir, qui nous suivait sur toutes les représentations de mes pièces. C’est une fierté qu’ils aient choisi un acteur-auteur, profondément attaché à ce territoire et à son histoire. »
Des libertés fragiles
Le thème « Difficiles libertés » résonne avec l'actualité. « On sent une ambiance où les libertés sont devenues fragiles, jamais acquises. Nous venions d’une société qui acceptait les contradictions, mais maintenir cette complexité demande des efforts. Aujourd’hui, notre époque court après la réaction immédiate, les slogans simples et le clash. Face à ce danger, ces salons sont des lieux d’alerte. »
Le livre comme résistance
Pour Astier, le livre est un domaine de résistance. « Contrairement au flux d’images ultra-rapides, il impose de prendre le temps et d’affronter le réel dans sa complexité. Lire oblige à entrer dans la pensée fine de l’autre. Le livre est le gardien de notre liberté de penser. »
Une lecture-performance sur les Camisards
Vendredi soir, il présentera « La petite cuisine du désert », autour de la révolte des Camisards. « Après la révocation de l’édit de Nantes, les temples sont démolis et la religion réformée interdite. Les protestants deviennent des 'nouveaux convertis', toujours suspects. La résistance a survécu dans l’ombre : quelqu’un, dans une maison reculée, grattait une allumette pour lire la Bible en français. La révolte camisarde est née d’un acte de lecture clandestin. »
Un lien avec le présent
Astier relie cette mémoire à notre époque : « Les Camisards incarnent la violence d’État, la persécution religieuse, les réfugiés. Derrière le slogan 'un roi, une loi, une foi', il y avait une simplification terrible du réel. On retrouve cette même dynamique d’exclusion derrière certains slogans contemporains. »
Le combat pour la lecture
Inquiet du désamour des jeunes pour la lecture, il déclare : « J’ai eu une enfance chaotique, j’étais un cancre ; ce sont les livres qui m’ont sauvé et ont fabriqué ma liberté. Il faut défendre les librairies, ces lieux d’aventure où l’on se laisse surprendre par un livre qu’on n’attendait pas, contre le confort stérile des algorithmes. »
La soirée inaugurale aura lieu vendredi 5 juin à 19h au Cinéplanet, avec un dialogue entre Lionnel Astier et Jean Lebrun, suivi d’une lecture-performance à 20h. Tarif : 15 €, billetterie au Rotary-Club Alès-Cévennes. Le festival commence dès le jeudi 4 juin.



