Dans un documentaire projeté au Festival de Cannes ce jeudi et diffusé la semaine prochaine sur TMC, l’ancienne figure de Canal+ raconte sa relation « brève mais très intense » avec l’acteur et humoriste mort en 1986.
Une cohabitation quotidienne
C’est l’histoire d’un mec qui fait de la télé depuis 50 ans. Dans une de ses mille vies, ce mec, Michel Denisot, a croisé Coluche tous les jours. « C’était mon voisin de palier », nous résume l’ex-présentateur du « Grand Journal », 81 ans. La cohabitation a duré quelques mois, à partir de l’automne 1985, dans les locaux de la toute jeune Canal +. Cette année-là, le journaliste présente « Zénith » tous les soirs à 19 heures sur la chaîne cryptée créée un an plus tôt. L’humoriste lui succède à l’antenne à 20h15 avec « Coluche 1 faux », une parodie de JT composée d’images d’actualité détournées.
Et chaque soir avant son direct, Coluche passe une tête sur le plateau de « Zénith » pour saluer les téléspectateurs. « Ce fut bref, mais très intense », plaisante l’homme de télévision, qui a replongé dans ses archives pour réaliser l’immanquable documentaire « Mon Coluche à moi », projeté ce jeudi 21 mai sur la Croisette dans la sélection Cannes Classics et diffusé le jeudi 28 mai, sur TMC en première partie de soirée.
Un festival d’archives
« Depuis 40 ans, Coluche me manque. Ensemble, on s’est amusés, souvent de façon enfantine », confie-t-il au début de son documentaire, festival d’archives devant lesquelles il est impossible de ne pas rire. Il retrace la vie de Michel Colucci, alias Coluche, des premiers one man à son César du meilleur acteur pour « Tchao Pantin », de son engagement avec SOS Racisme à la création des Restos du cœur, en passant par sa candidature à la présidentielle de 1981. Les soirées, aussi, dans sa maison face au parc Montsouris, que les proches racontent.
Des scènes d’anthologie
Mais le film n’est jamais aussi fort que quand Denisot parle de sa vie commune avec l’autre Michel pour une farandole de scènes d’anthologie. C’est sur son plateau que, le 25 septembre 1985, Thierry Le Luron et Coluche finissent leur parade nuptiale après leur mariage fictif. Et au fond de la piscine de l’Hôtel Martinez de Cannes qu’il fait plonger Coluche pour une interview qui ne manque pas de profondeur.
Denisot a dégoté d’autres extraits bien plus rares. Ainsi de cette rencontre improbable entre le trublion et un tout jeune basketteur, un certain Michael Jordan qui n’est pas encore une légende du sport. « Au golf, il ne doit pas bien voir la balle qui est vachement loin », balbutie Coluche qui, à part ironiser sur sa taille, ne sait absolument pas quoi dire à ce jeune sportif dont il n’a jamais entendu parler.
Une rencontre orchestrée par Pierre Lescure
Ces deux Michel-là étaient faits pour s’entendre. Un clown blanc, chic, flegmatique et pince-sans-rire, et un auguste, monté sur ressort, qui n’a peur de rien. C’est Pierre Lescure, le bâtisseur de Canal + à qui on doit la plupart de ce qu’il y a eu de génial sur cette chaîne, qui les réunit, presque par hasard. Les abonnements sont alors en berne depuis janvier 1985, ils sont en quête de la bonne idée. « Avec Alain de Greef (son directeur des programmes), on a décidé d’en parler à Coluche car on s’est dit qu’il était tellement détergent, tellement coupant, tellement saignant et spectaculaire que les gens vont se dire Merde, je ne peux pas louper ça », raconte face caméra l’ancien grand patron.
Pour tenter de le convaincre, Lescure sort le grand jeu. Il envoie Denisot à Montlhéry (Essonne), puis dans le Nord, pour retransmettre en direct des courses automobiles de voitures de tourisme, le « stock-car », pour lesquelles Coluche s’est pris de passion. « Ça l’amusait de me voir patauger dans la boue », raconte Denisot. Des expériences qui les ont rapprochés pour toujours. Coluche accepte de relever le défi.
Le succès phénoménal de « Coluche 1 faux »
Déguisé en diable, en voyante, ou vêtu de son inoubliable salopette, il invente ce faux JT, format repris plus tard par Les Nuls, « Les Guignols » ou « Groland ». « Ça a été un succès phénoménal », se souvient Lescure. L’émission en clair attire les téléspectateurs et leur donne envie de s’abonner. Canal décolle enfin même si Coluche arrête vite pour préparer son retour sur scène.
Le drame du 19 juin 1986
Après le Festival de Cannes 1986, Coluche loue une grande maison à Opio, dans l’arrière-pays niçois. Écriture de son nouveau spectacle, le matin, et vacances avec sa bande de potes, l’après-midi. Le 19 juin, la fine équipe monte sur leurs motos pour déjeuner à Cannes. L’actrice Mathilda May est de la partie, elle grimpe derrière Coluche à l’aller. Au retour, elle préfère rester pour faire du shopping sur la Croisette…
Quelques minutes plus tard, Coluche percute un camion et meurt sur le coup. « On se demande ce qu’il faisait là, ce camion… On ne m’enlèvera pas de la tête que ce n’est pas normal, que c’est un petit coup monté. » Quarante ans après, l’ami intime Ludovic Paris ne croit toujours pas à la thèse de l’accident. « Il ne roulait pas vite, ce n’est pas vrai », embraye son ami Jean-Marie Marion…
L’émotion à vif
Denisot, lui, reste sur l’émotion. Celle de tout un pays sous le choc. La sienne, incapable de parler en ouverture de son « Zénith », quelques heures plus tard. La seule fois de sa vie où il a pleuré à la télévision. « Si aucun d’entre nous ne peut parler, on n’a aucune chance d’y arriver », lâche son invité Philippe Gildas, autre intime de l’acteur. La séquence serre le cœur. « Je n’ai pas l’habitude de montrer mes émotions mais, là, ça n’était pas possible », se souvient Michel Denisot. « Je pense souvent à lui », ajoute-t-il du bout des lèvres.
Un humoriste toujours contemporain
C’est pour entretenir sa flamme qu’il a repris sa caméra, trois ans après « La Saga Rassam-Berri », déjà sélectionnée à Cannes. « Ça me fascine de voir à quel point, 40 ans après sa mort, il est toujours contemporain, tout ce qu’il disait à l’époque est toujours d’actualité », résume Denisot.
Il a demandé à Jérémy Ferrari, Jérôme Commandeur et Claudia Tagbo, mais aussi Philippe Lacheau et Michaël Youn de raconter combien Coluche a été essentiel à l’humour français. « Quand on est religieux on écoute ce que dit le pape, bah, nous, on écoute Coluche, souffle ce dernier. J’aurais sans doute pas été aussi transgressif et coup de pied dans la porte sans Coluche ».
Note de la rédaction : 4.5/5
« Mon Coluche à moi », documentaire de Michel Denisot, 1h36 (France - Bangumi - 2025). Diffusion le 29 mai à 21h20 sur TMC.



