Le 5 mai 2016, le dessinateur Maurice Sinet, dit Siné, s'est éteint à l'âge de 87 ans. Hommage avec l'article paru à l'époque.
Un style inimitable
Le majeur dressé et le visage fendu par un grand sourire : plus qu'une posture, c'était une signature. Siné, l'ennemi numéro 1 de « l'horripilant politiquement correct », est mort hier matin à l'hôpital Bichat de Paris, des suites d'une opération chirurgicale. « C'est horriblement chiant de ne penser obsessionnellement qu'à sa mort qui approche, à ses futures obsèques et au chagrin de ses proches ! » écrivait-il avant-hier, dans une chronique publiée sur le site de Siné Mensuel. « Je pense aussi à tous les enc… qui vont se frotter les mains et ça m'énerve grave de crever avant eux ! »
Les débuts d'un gavroche
Né fin 1928, ce pur gavroche à la bouille ronde s'appelait Maurice Sinet, prétend l'état civil. Pour ses proches, il était « Bob ». « Ma mère m'avait rebaptisé Bobby, un nom qu'on filait aux clébards », expliquait-il à Sud Ouest en 2009. À l'école Estienne, il étudie le dessin et la maquette, et publie son premier dessin de presse en 1952, dans France Dimanche. En 1959, ce grand fanatique de jazz inaugure une série qui fera bientôt sa fortune : de drôles de matous moqueurs prétextes à calembours plus ou moins acides : un « chat-luthier » en forme de violon ou, en pleine guerre d'Algérie, un « chat-ronne » casqué comme un CRS et dont la queue est une matraque.
Siné Massacre et Charlie Hebdo
La plus grande partie de ses soixante années de dessins, Siné l'a consacrée à la satire et la caricature, avec une férocité qui lui vaudra bien des brouilles. Pourfendeur de l'ordre établi, « bouffeur de curés » et antimilitariste prosélyte, Siné tape sur tout le monde avec une constante jubilation de mauvais garçon. Quitte à rester potache, et à élever la grossièreté au rang d'art de vivre. Passé par L'Express, il ne tarde pas à lancer ses propres publications. Notamment, au début des années 60, l'éphémère Siné Massacre (« sept numéros, neuf procès ! »).
Pilier de Charlie Hebdo, il est évincé brutalement par son directeur Philippe Val en 2008, qui croit déceler dans sa chronique un propos antisémite. La justice innocentera Siné, qui lance Siné Hebdo dans un pur esprit revanchard. Geluck, Guy Bedos, le « Grolandais » Benoît Delépine, Vuillemin… Tous embarquent dans cette aventure éditoriale, que Siné et sa femme Catherine pilotent depuis leur petite maison de Montreuil.
Un héritage de révolte
Habitué des colonnes de Sud Ouest, le Landais Marc Large y a débuté, dès le numéro 1. « Il a été le premier à me mettre le pied à l'étrier, et j'ai tant appris au contact de ce vrai révolté », se souvient-il. « J'étais fasciné par sa liberté, son courage et son attachement aux valeurs que sont le rire, l'amour et l'insoumission. » En 2010, le journal « qui fait mal et ça fait du bien » est devenu mensuel. Siné continuait d'y « semer sa zone » et d'y tenir le journal de sa longue maladie, comme des bras d'honneur lancés à la Camarde. « Mourir ? Plutôt crever ! » était sa devise, depuis plusieurs mois gravée sur sa tombe au cimetière du Montparnasse.



