Rouda, de la scène slam à l'écriture d'un thriller percutant
Blanc sans aspérités, casquette de grand-père sur la tête, poétiquement correct : cette description du héros de son premier roman Les Mots nus (Liana Levi, 2023) colle parfaitement à Rouda lui-même. Son surnom, issu de l'argot arabe, signifie « petit bout de bois » ou « brindille », évoquant sa silhouette de gamin en Seine-Saint-Denis. C'est sous ce nom qu'il fait ses débuts sur la scène slam, dont il fut un pionnier notable.
On l'entendait déjà dans Parole du bout du monde interprétée avec Grand Corps Malade (Midi 20, 2006), où il déployait une gouaille poétique caractéristique, que l'on retrouve dans son premier album Musique des lettres (2007). Rouda a ainsi joué avec les mots bien avant son entrée en littérature, se définissant comme un « mec normal… Un Blanc, quoi », selon une formule attribuée à Coluche, évoquant son enfance dans une cité de Montreuil durant les années 1990.
Un Marathon des mots 2026 aquatique et éclectique
Les auteurs Pascal Quignard, Nathacha Appanah, Louis-Philippe Dalembert, Camille de Toledo ou Judith Godrèche sont attendus à cette manifestation, présidée par Nathalie Nothomb et Christiane Taubira, qui rayonne en Occitanie. Outre l'eau, thématique centrale de cette édition, l'Espagne voisine sera également célébrée. Mais c'est le monde entier, en particulier ses territoires meurtris, qui sera représenté à Toulouse, avec la présence de l'Ukrainien Andreï Kourkov, de l'Iranien Mana Neyestani ou du Palestinien Marwan Makhoul.
Au Marathon des mots, on entendra aussi vibrer La Maison vide de Laurent Mauvignier, Prix Goncourt 2025, ou Et la joie de vivre de Gisèle Pelicot, et Lumières du corps de Valère Novarina, récemment disparu, lu en musique par Marcel Bozonnet. Quant à ceux qui n'ont pas les mots au sens classique de la littérature – même si l'Odyssée y sera racontée par l'écrivain et journaliste du Point Christophe Ono-dit-Biot (L'Odyssée de l'Odyssée) –, d'autres formes d'expression et de langage les attendent, du slam avec Rouda aux sketchs d'humour, en passant par la langue des signes.
Du 8 au 12 avril. Lemarathondesmots.com
Son premier livre avait déjà tout compris des banlieues en ébullition
Son premier roman saisissait déjà les tensions des banlieues qui ont flambé en 2005 après la mort de Zyed et Bouna. Son second ouvrage, publié lui aussi par Liana Levi, est rythmé par des exergues signées de rappeurs tels que PNL ou Sniper. Et il se lit comme un thriller haletant.
Un thriller qui plonge dans les réseaux d'extrême droite
Tout commence dans une cité du 93, dite des « Jardins perdus ». « Noir ou blanc, jaune ou gris, on se mélangeait comme des cocktails », écrit le narrateur, Zac, à propos de son quotidien peuplé de gens d'horizons variés et, en cela, savoureux. La situation se dégrade en famille, ou plutôt ce qu'il reste des Chevallier : alors qu'Antoine et Karine, ses parents, se retrouvent au chômage, et que lui, l'aîné, réussit à la fac de socio, voilà que son petit frère Martin, fragile, disparaît du jour au lendemain.
Il serait parti « de l'autre côté », souffle son meilleur copain à Zac. Et parce que la police n'a pas que cela à faire, et que l'absence de nouvelles devient insupportable, Zac part à sa recherche dans la nébuleuse des réseaux d'extrême droite. Le lecteur frissonne en le suivant sous une fausse identité dans la boîte qui employait Martin, où il se fait recruter à son tour par le charismatique Pierrot, qui ne jure que par le « grand remplacement ». Intégrer ces bandes ultraviolentes d'extrême droite devient une quête périlleuse.
Punchlines et portraits justes
Loin de tout manichéisme comme de tout politiquement correct, ce livre en impose tant par la justesse des portraits – celui du père Chevallier en raciste qui s'ignore, car il est gentil avec les voisins noirs et arabes, ou celui du jeune Martin, poète et photographe mal dans sa peau – que par la maîtrise d'une suite de rebondissements dont les enjeux sont plus sérieux que le ton n'y paraît. Avec son roman, ponctué de punchlines, bourré d'humour et de tendresse, Rouda devrait performer aussi bien à l'écrit qu'à l'oral, sur la scène du Marathon des mots.
« Les Jardins perdus », de Rouda (Liana Levi, 224 pages, 20 euros).
Rendez-vous au Marathon des mots le samedi 11 avril, à 16 h 30, pour une lecture-performance des Jardins perdus de Rouda à l'hôtel d'Assézat, à Toulouse. Puis à 19 heures, pour une rencontre à la librairie Escalire, à Escalquens. Participez au café littéraire avec Matthieu Barbin et Rouda le dimanche 12 avril, à 10 h 30, à l'hôtel d'Assézat.



