Un discours émouvant sur la maladie d'Alzheimer et la fragilité humaine
Agathe Charnet, lauréate du prix littéraire du Nouvel Obs pour son premier roman Peut-être le hasard, a prononcé un discours profond ce mercredi, centré sur la maladie d'Alzheimer qui a emporté sa mère. Dans une tribune publiée le 8 avril 2026, elle exprime sa gratitude pour cette récompense qui honore les écritures d'autrices et s'inscrit dans un réseau engagé de la littérature.
La quête de dignité au cœur de l'expérience humaine
L'écrivaine relate les six années passées aux côtés de sa mère sur le chemin tortueux de la maladie d'Alzheimer, une période qui l'a amenée à questionner la notion de dignité. Elle remet en cause les visions validistes et excluantes, affirmant que la dignité ne réside pas dans la maîtrise du langage ou des souvenirs, mais dans ce que Christian Bobin nomme la présence pure. Pour Agathe Charnet, malgré l'incapacité de sa mère à enseigner ou se souvenir, sa capacité à être pleinement présente au monde et à traquer la tendresse incarnait l'essence de la vie.
Un appel à l'inclusion dans des sociétés véloces
Dans un plaidoyer poignant, Agathe Charnet souligne l'urgence de faire place à la fragilité dans nos sociétés efficaces et véloces, où les corps vulnérables sont souvent éloignés et la dépendance institutionnalisée. Elle appelle à cesser les démentophobies ordinaires et à travailler à l'inclusion des personnes malades ou différentes, citant une médecin : Il y a une vie après un diagnostic. Elle met en lumière le rôle crucial des soignants, majoritairement des soignantes, et des bénévoles qui pallient les attaques contre le service public de la santé avec dévouement.
La littérature comme espace de transmission et de consolation
Agathe Charnet aborde également la question de l'aide à mourir, exprimant son souhait d'un cadre légal pour les maladies neurodégénératives, après avoir vécu six mois de souffrance insupportable pour sa mère. Elle voit dans la littérature un espace unique pour abriter des transmissions secrètes et offrir de la force aux lecteurs. En dédiant son prix aux fantômes familiers, elle rappelle les mots de Vinciane Despret : ce qui soutient les morts, c'est de raconter leur histoire, affirmant ainsi le pouvoir narratif de consoler et de perpétuer la mémoire.



