À seulement 19 ans, Mathias Sauvaire trace son chemin avec détermination dans un univers exigeant : celui de la corrida. Né dans une famille profondément attachée à la culture taurine, il grandit entre transmission et vocation. Son père, Stéphane Sauvaire, originaire d’Alès et engagé dans le milieu des aficionados, joue un rôle fondateur. C’est à ses côtés que tout commence.
Le premier souvenir marquant remonte à une corrida à Méjannes-le-Clap. Trop impressionné pour soutenir le regard du taureau, le jeune Mathias détourne d’abord les yeux. Puis il ose regarder la mise à mort. Et là, tout bascule : il découvre ce qu’il décrira plus tard comme un « duel », une confrontation fascinante qui le saisit immédiatement. « Quand je rentre dans ces arènes, je me sens comme à la maison », confie-t-il.
Un déclic précoce
Le déclic se confirme quelques mois plus tard, lors de la feria du Riz à Arles. Ce jour-là, il assiste à une corrida du torero vénézuélien Manolo Vanegas. En quittant les arènes, il n’a que huit ans et dit à son père une phrase qui résonne encore : « Je veux être comme lui. » Dès lors, la vocation ne le quitte plus. Enfant, il reproduit les gestes, fabrique son propre matériel, improvise des jeux taurins dans les encierros amateurs.
À 11 ou 12 ans, après une chute marquante – « un soleil » –, ses proches décident de canaliser cette passion. À 13 ans, il intègre l’école taurine d’Arles. C’est là qu’il construit les bases de son apprentissage, jusqu’à poser sa première épée. Son père se souvient de cette progression avec émotion : « Je l’ai retrouvé dans le camion des matadors après sa première corrida… déjà, il était dedans. »
Un parcours jalonné d’étapes
Son parcours le mène ensuite à Nîmes, où il poursuit sa formation. En 2025, il franchit une étape avec cinq novilladas, dont deux en remplacement. Une expérience encore modeste en nombre, mais essentielle pour progresser. Très vite, une évidence s’impose : pour avancer, il faut partir en Espagne.
Il s’installe alors à Madrid, s’immergeant dans une culture taurine plus intense, plus exigeante. Dans la capitale espagnole, il trouve un soutien déterminant auprès de Sanchez Vara. Le matador expérimenté le prend sous son aile, l’accompagne au quotidien, bien au-delà du cadre formel de l’école taurine. « Il m’a pris sous son aile. Il m’entraîne tous les jours, 3 à 4 heures. Il me fait me sentir comme si j’étais sa famille », explique Mathias.
Alès, un repère central
Malgré cet apprentissage à l’étranger, Alès reste un repère central. Ville de ses racines, elle représente bien plus qu’une simple étape dans sa carrière. Ce samedi 16 mai à 11 heures, pour la feria, Mathias foulera à nouveau le sable des arènes du Tempéras. Une date qu’il attend. « C’est ma troisième fois ici. Chaque année, c’est un plaisir. Je suis chanceux qu’on me fasse confiance. »
Car Alès, pour lui, n’est pas une arène comme les autres : « C’est la ville de mon père, j’ai toute ma famille ici… j’y passais mes vacances. Quand je rentre dans ces arènes, je me sens comme à la maison. » Son père confirme cet attachement : « Moi, je suis toujours là, surtout quand il met le costume de lumière. » Et les souvenirs sont déjà forts. « Le plus beau, c’est sa sortie par la grande porte à Alès. Il m’avait dit qu’il le ferait… et il l’a fait l’année dernière. »
Mais l’émotion n’efface pas l’exigence. « Toréer à Alès, ce n’est pas facile. Les novilladas sont dures. Et le public ne fait pas de cadeaux », admet Mathias. Un défi qu’il assume pleinement.
Objectif : devenir matador
Lucide, il avance sans brûler les étapes : « L’objectif à court terme, c’est de continuer à toréer, d’accumuler les novilladas avec picadors. » Avant d’ajouter, sourire aux lèvres : « Bien sûr, le but, c’est de devenir matador… mais pas à pas. »



