Julian Barnes clôt sa carrière avec « Départ(s) », un chef-d'œuvre de maturité
À 80 ans, l'écrivain britannique Julian Barnes offre à ses lecteurs son ultime création littéraire. Intitulé « Départ(s) », ce livre se présente comme le dernier chapitre d'une bibliographie remarquable qui a débuté avec la traduction du « Perroquet de Flaubert » dans les années 1980. L'auteur d'« Arthur & George » et d'« Une fille, qui danse » a délibérément choisi de soigner sa sortie, nous livrant un volume qui oscille entre récit personnel et essai philosophique.
Un narrateur en quête de mémoire
Le protagoniste de « Départ(s) » est un écrivain de 75 ans nommé Julian Barnes, qui nous entraîne dans une réflexion profonde sur la mémoire volontaire et involontaire. L'œuvre fait écho à Marcel Proust et sa célèbre madeleine, tout en développant une méditation unique sur le temps qui passe et celui qui reste. Barnes revient sur son enfance dans la classe moyenne anglaise, ses études de philosophie à Oxford où il nourrissait « la frêle idée » que cela ferait de lui « quelqu'un de plus sérieux ».
C'est à Oxford qu'il rencontra deux personnages centraux de son récit : Jean et Stephen. L'écrivain les présenta l'un à l'autre, les fréquenta intensément pendant dix-huit mois, puis, de manière extraordinaire, renoua avec eux quarante ans plus tard. Il organisa même leurs retrouvailles et fut témoin à leur mariage tardif, créant ainsi un poignant témoignage sur l'amitié durable.
Humour face à l'adversité
Malgré l'évocation de problèmes de santé sérieux – Barnes révèle être atteint d'un cancer du sang diagnostiqué peu avant le confinement –, son récit évite tout apitoiement. Avec un humour caractéristique, il raconte s'être rendu à l'hôpital muni d'un carnet de notes et du « Guardian » pour ses mots croisés habituels. La maladie est présentée comme « gérable » plutôt qu'incurable, montrant la résilience de l'auteur.
Les souvenirs affluent avec grâce : l'odeur des toasts brûlés, une certaine Priscilla, ou encore les évocations littéraires de Virginia Woolf et Théophile Gautier. Les amis des animaux apprécieront particulièrement les passages dédiés à un Jack Russell insolent qui apporte sa touche de légèreté au récit.
Une génération peu démonstrative
Barnes se décrit comme appartenant à une génération « peu encline aux épanchements sentimentaux ». Cette pudeur caractéristique imprègne chaque page, créant un contraste poignant avec les émotions sous-jacentes. Son amie Jean souligne d'ailleurs la différence subtile entre montrer ses sentiments et les exprimer, une distinction que Barnes maîtrise parfaitement dans son écriture.
« Départ(s) » se présente comme une ultime conversation entre l'écrivain et ses lecteurs. Traduit avec talent par Jean-Pierre Aoustin et publié aux éditions Stock, ce livre de 240 pages (20,90 € en version papier, 14,99 € en ebook) constitue une nouvelle preuve de l'intelligence, du regard acéré et du style unique de ce francophile si anglais. Les lecteurs ne pourront que remercier du fond du cœur l'auteur pour ce cadeau littéraire final.