Le CDI jeunes du Medef, un écho inquiétant des politiques d'emploi passées
La proposition de CDI jeunes, imaginée par Patrick Martin, président du Mouvement des entreprises de France (Medef), évoque immanquablement le contrat première embauche que le gouvernement de Dominique de Villepin avait tenté d'imposer en 2006, sans succès. Cette nouvelle mouture s'inscrit dans une longue tradition de dispositifs présentés comme des solutions miracles pour l'insertion professionnelle des jeunes, mais qui, en réalité, tendent à les enfermer dans la précarité.
Une fausse solution qui masque des enjeux plus profonds
Au-delà des apparences, ce CDI jeunes n'est qu'une variante des emplois non durables et sous-payés qui prétendent améliorer les débuts de vie professionnelle. Plutôt que de résoudre les problèmes, il risque de franchir un nouveau pas dans la déconstruction des droits des salariés, en particulier des plus vulnérables. Bien que le gouvernement actuel ne semble pas vouloir reprendre cette idée, elle pourrait resurgir comme un ballon d'essai dans la campagne présidentielle de 2027, soulignant son potentiel de nuisance à long terme.
Un demi-siècle d'échecs dans la lutte contre le chômage des jeunes
Depuis cinquante ans, les politiques publiques ont accumulé des dizaines de mesures, du premier pacte pour l'emploi des jeunes sous le gouvernement Barre en 1977 au plan 1 jeune 1 solution du gouvernement Castex en 2020. Ces initiatives reposent sur un diagnostic erroné qui attribue le chômage des jeunes à trois causes supposées :
- Leur inexpérience, qui rendrait leur recrutement risqué.
- Leur coût salarial, jugé excessif par rapport à leur productivité.
- Des formations inadéquates aux attentes des employeurs.
Pourtant, d'un point de vue pragmatique, si ces innovations étaient efficaces, leurs effets positifs seraient visibles depuis longtemps. Or, la réalité est tout autre : on observe une permanence du surchômage des moins de 25 ans depuis la fin des années 1970. Leur taux de chômage est constamment de 2 à 2,5 fois supérieur à la moyenne nationale.
Des chiffres qui parlent d'eux-mêmes
En 2024, les statistiques sont éloquentes : 18,8 % des actifs de moins de 25 ans étaient au chômage, contre seulement 7,3 % pour l'ensemble des actifs. Cette disparité met en lumière l'échec des politiques passées et la vulnérabilité accrue des jeunes face aux aléas économiques. Une observation attentive révèle que l'emploi et le chômage des moins de 25 ans sont particulièrement sensibles aux fluctuations conjoncturelles, ce qui aggrave leur situation dans un contexte d'incertitude.
En somme, le CDI jeunes proposé par le Medef ne fait que perpétuer une approche inefficace et dangereuse, risquant d'aggraver la précarité plutôt que de la résoudre. Il est temps de repenser en profondeur les stratégies d'insertion professionnelle, en s'attaquant aux causes structurelles du chômage des jeunes, plutôt que de se contenter de fausses solutions.