Un roman sur le rire et la tristesse
Avec "Je suis drôle", l'écrivain multi-récompensé David Foenkinos signe un roman mélancolique et tendre qui sonde la frontière ténue entre comédie et tragédie. Le livre met en scène Gustave Bonsoir, un jeune homme obsédé par l'envie de faire rire.
L'origine du livre : le rire comme nouvel eldorado
Interrogé par Laure Joanin, Foenkinos explique : "Je voulais écrire sur le rire, d'abord parce qu'on parle souvent de l'humour comme de la politesse du désespoir et j'aimais bien l'idée de travailler sur les deux versions d'une même émotion : l'humour et la tristesse." Il ajoute que l'humour est devenu le nouvel eldorado : "Il y a vingt ans, on voulait devenir chanteur ; il y a dix ans, tout le monde se rêvait pâtissier, et aujourd'hui, les jeunes veulent être drôles. On ne compte plus le nombre d'ouvertures de comedy clubs ou de cours de yoga du rire."
Le besoin d'être aimé derrière l'humour
Pour Foenkinos, faire de l'humour répond souvent à un désir d'être aimé : "Le rire est une sorte de caresse sonore. Il y a un vrai besoin d'amour dans le besoin de faire rire." Gustave, qui a connu une enfance difficile, cherche à créer des émotions autour de lui. L'auteur souligne que derrière la légèreté se cache souvent une mélancolie : "Les personnes drôles ou qui veulent être drôles masquent souvent des fêlures, une forme de timidité."
Un conte du clown triste
Dans le roman, Gustave, obsédé par l'idée de faire rire, finit par incarner la tristesse dans un musée conceptuel, ce qui change sa vie. "C'est un peu un conte du clown triste", résume Foenkinos. L'auteur, qui a travaillé avec de nombreux acteurs comiques souvent introvertis, affirme : "J'aime le mélange que forment la fantaisie et la gravité, l'humour et la mélancolie."
L'humour, une qualité rare
Foenkinos considère la capacité à être drôle comme une qualité rare : "Les gens que j'admire sont ceux qui me font rire. C'est extraordinaire, cela me fait ma journée." Il confie que ses premiers livres étaient uniquement centrés sur l'humour, par peur d'ennuyer le lecteur, avant d'introduire davantage de gravité avec "La Délicatesse" ou "Charlotte".
Un roman d'apprentissage sur l'échec et le succès
L'auteur interroge les notions d'échec et de succès : "Ce qui m'intéresse, c'est le destin. Avec ce livre, je voulais travailler la manière dont on se construit, surtout entre 20 et 25 ans, avec les désillusions, les ratages et comment on arrive à mettre en place notre univers." Il évoque l'importance des rencontres déterminantes : "Il existe des gens qui croient en nous plus qu'on n'est capable de croire en nous-mêmes."
Le Musée des Séparations amoureuses comme source d'inspiration
Foenkinos s'est inspiré du Musée des Séparations amoureuses de Zagreb pour imaginer un "Musée de la tristesse" sponsorisé par Kleenex. "J'adore, c'est un lieu pour tous les dépressifs de l'amour. On y trouve des lettres de rupture, des objets brisés… Traverser la tristesse peut paradoxalement consoler de ses propres chagrins", confie-t-il.
"Je suis drôle", Gallimard, 192 pages, 20 euros.



