Bartabas : de Zingaro à l'écriture, un roman sur les saltimbanques
Bartabas : un premier roman sur les saltimbanques

Le célèbre metteur en scène Bartabas est en Gironde cette semaine pour des rencontres littéraires autour de son premier roman, « Les Cogne-trottoirs ». Il délaisse un instant sa tribu Zingaro pour raconter l'aristocratie du bitume. Ce roman d'apprentissage met en scène le duo d'un âne funambule et d'une môme muette. L'artiste sera mardi 28 avril à la station Ausone à Bordeaux et samedi 2 mai à Arcachon pour La Plage aux écrivains.

Rencontre avec Bartabas

Comment passe-t-on du mouvement du spectacle à l'immobilité de l'écrivain ?

Monter à cheval m'a préparé à l'écriture, car cela demande les mêmes exigences. Le travail que je mène seul avec mes chevaux chaque matin est un entretien silencieux. Vos sensations, vous ne pouvez les partager avec personne. L'écriture, c'est pareil : c'est solitaire, minutieux. On cherche l'équilibre d'une phrase comme on cherche l'équilibre d'un mouvement ou l'intention d'un geste.

D'où vient ce titre, « Les Cogne-trottoirs » ?

À l'origine, ce sont les flics. Puis, par extension, c'est devenu le nom des acrobates de rue, des saltimbanques qui faisaient des sauts périlleux à même le pavé, sans tapis. Ça cogne les articulations. C'est un roman sur le corps, sur ces parias qui font tribu. Cette notion de solidarité me tient à cœur ; c'est ce que j'ai essayé de reproduire à Zingaro.

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Vous décrivez un Paris des années 1970-1980 qui semble aujourd'hui disparu…

C'est le Paris d'avant l'hygiénisme. Dans ces années-là, dans le Marais, un appartement sur deux n'avait pas l'eau courante et les toilettes étaient sur le palier. Le départ des Halles pour Rungis et la destruction des pavillons Baltard ont marqué la fin de ce Paris populaire. On a enlevé la vie de ces quartiers. Mon roman décrit cette métamorphose, ce « Paris d'en dessous ».

Vous vous considérez toujours comme marginal, même avec le succès de Zingaro ?

Le marginal n'est pas forcément celui qui galère, c'est celui qui sait rester à son propre rythme, en dehors des institutions. Zingaro s'est construit de manière autonome. Je refuse de rentrer dans le système médiatique. Je préfère le rapport « yeux dans les yeux » avec le public, comme à l'époque où je faisais la manche dans la rue. C'est une ligne de conduite. Dans la rue, le public est debout : il peut partir quand il veut. Il faut donc être capable de l'intéresser tout de suite, sans concession, pour qu'il mette la main à la poche.

Qu'avez-vous découvert sur le « jeune Bartabas » en écrivant ce livre ?

En créant ces personnages – Madame Lili, l'Homme aux rats ou l'âne Balthazar –, je me suis aperçu que je parlais plus intimement de moi que dans n'importe quel récit. C'est un autoportrait caché à travers une tribu de papier.

Parlons-en, de Balthazar : pourquoi un âne ? Vous qui avez passé votre vie avec les chevaux ?

Parce que je les adore ! Ce qui m'intéressait, c'était de créer un « âne philosophe » qui pose son regard sur le monde des humains, sur la littérature… Les ânes et les mules sont les seuls équidés à « avoir le pied sûr ». C'est pour cela qu'on les emmène dans les ascensions de l'Himalaya. Et du pied sûr à devenir funambule, il n'y a qu'un pas. Et comme c'est moi qui l'écris, c'est que c'est possible !

« Les Cogne-trottoirs », Collection Blanche, Gallimard, 21 euros.

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