Le scandale des Bacchanales, une affaire Epstein antique qui secoua Rome
Bacchanales, le scandale Epstein de la Rome antique

Le scandale des Bacchanales, une affaire Epstein antique qui secoua Rome

Connaissez-vous le scandale des Bacchanales, qui a défrayé la chronique romaine en 186 avant notre ère ? Cette histoire mérite d'être racontée, car elle présente des similitudes frappantes avec la sidération provoquée par l'affaire Epstein, dont l'onde de choc se propage encore aujourd'hui jusqu'en France. Tout éclate lorsqu'une courtisane, Hispala Faecenia, révèle l'existence d'un étrange réseau au consul Postumius : une sorte de société secrète se livrant à des fêtes en l'honneur du dieu du vin et de l'ivresse Bacchus, d'où le nom de « Bacchanales ».

Des rituels qui tournent à l'orgie

Ces rituels ont rapidement tourné en orgies impliquant des jeunes gens livrés aux appétits sexuels de puissants Romains, membres de familles illustres. Pourquoi Hispala parle-t-elle au consul ? Parce que son jeune amant, Aebutius, d'une famille elle aussi très respectable, a été convié à ces fêtes par ses parents, afin d'être initié à ces cérémonies. Elle craint qu'il y soit violé, ou même tué. Ce simple témoignage va mettre le feu aux poudres et forcer les autorités à agir.

C'est le grand historien Tite-Live qui raconte, dans son Histoire romaine (XXXIX, 8) : « Elle savait que c'était une école d'abominations de toute sorte, et il était constant que depuis deux années on n'avait initié personne au-dessus de l'âge de vingt ans. Dès qu'on y était introduit, on était livré comme une victime aux mains des prêtres, et ils vous conduisaient en un lieu où des hurlements affreux, le son des instruments, le bruit des cymbales et des tambours étouffaient les cris de la pudeur outragée. »

Une enquête qui révèle une contre-société

Le consul mène l'enquête : les membres du cercle des Bacchanales sont tenus au secret, mais leur association regrouperait des milliers de personnes appartenant à l'élite de Rome, « initiant » des gens très jeunes « dont l'âge pouvait se prêter facilement à la séduction et au déshonneur ». Pas d'île privée dans les Caraïbes (c'était trop tôt), mais des grottes et des sanctuaires à l'accès tout aussi confidentiel, et le constat que ces initiés peu à peu se constituent en une contre-société évoluant à l'abri des lois.

Une affaire qui devient politique

Très vite, l'affaire devient politique. « Jamais la république ne fut attaquée d'un fléau plus terrible ni plus contagieux », lance Postumius à la tribune du Sénat. « Tous les excès du libertinage, tous les attentats commis dans ces dernières années sont sortis, sachez-le bien, de cet infâme repaire. » Décision est prise de mettre les membres des Bacchanales hors d'état de nuire. La répression sera terrible, à l'image de ce scandale qui, il y a deux millénaires, interroge sur la récurrence de l'atroce conjonction entre pouvoir et domination sexuelle des plus vulnérables, comme si l'un cherchait sa validation dans l'autre.

Cette affaire antique, avec ses réseaux secrets, ses abus sur des jeunes et ses élites impliquées, résonne étrangement avec les scandales modernes comme celui d'Epstein. Elle montre que les mécanismes de l'abus de pouvoir et de la prédation sexuelle traversent les siècles, posant des questions toujours d'actualité sur la justice et l'impunité.