Un regard noir et profond
Un regard noir et profond. Un corps en transe. Des bras tendus vers le ciel. En braquant son appareil photo sur les artistes de flamenco, Jean-Louis Duzert a l’art de saisir l’essence de cet art de vivre espagnol. Son émotion. « Le spectateur qui regarde mon image doit la prendre en pleine face », estime le photographe dont les plans serrés en noir et blanc sont la marque de fabrique depuis trente-cinq ans.
À partir de ce vendredi 22 mai, 70 de ses clichés — sur les 50 000 de sa carrière ! — sont à découvrir le temps de l’exposition « Balada Flamenca » entre le pavillon Pavlovsky et la Rotonde, à Saint-Jean-de-Luz. Cette exposition, créée en 2011, Jean-Louis Duzert la veut en perpétuelle évolution avec des clichés inédits, comme celui de Manolo Marín, « le grand sorcier de la danse », pris en plein effort en 2024. « Sur la photo, il n’a pas loin de 90 ans et son pas de danse est parfait ! C’est pour ça que je ne fais jamais de photos posées. Je mets mon cœur au bout du doigt, pour capturer l’instant ».
Les mains de Camarón de la Isla, son déclencheur
Né à Villenave-d’Ornon (Gironde) en 1950, « Loulou » comme certains le surnomment, « a attrapé le duende » en 1990 lors de la seconde édition du festival international Arte flamenco de Mont-de-Marsan. L’année d’avant, l’expérience avait pourtant été tout autre. « À l’époque, je travaillais pour le journal "Sud Ouest" et j’avais détesté… Je suis donc parti en Andalousie pour comprendre, écouter, voir, ressentir cet art de vivre. » Bingo.
La seconde édition sera la bonne, avec la montée sur scène de Camarón de la Isla, « le Mick Jagger du flamenco ». « Son concert était extraordinaire. J’ai été piqué, j’ai eu les larmes aux yeux. » De cette soirée naîtra une photo emblématique — celle des mains du chanteur espagnol — et une passion poussée à l’extrême pour le peuple gitan et la culture flamenca.
Les plus grands dans son objectif
Paco de Lucia, Israël Galvan, Rocio Molina, Diego Carrasco… En plus de trois décennies, le lauréat du concours international de la photo flamenca d’Arles en 2025, dont 1 800 photos ont rejoint le catalogue de la Bibliothèque nationale de France l’an dernier, a capturé les plus grands, participant à de nombreuses expositions à Séville, Jerez, Nîmes ou Béziers.
À 76 ans, il a encore de beaux objectifs devant lui. Parmi eux, la réalisation d’un second tome de son livre “Balada Flamenca” (Éditions Atelier In8, 2011) et l’immortalisation en terre luzienne de l’édition 2026 du festival Andalou. Olé !
Pratique
« Balada flamenca » sera visible à la Rotonde jusqu’au 28 juin, du mercredi au dimanche, de 14 h 30 à 19 h, et le samedi, de 10 h à 12 h 30 et de 14 h 30 à 19 h. Des visites commentées de l’artiste y sont prévues ces samedi et dimanche, à partir de 17 h 30. La visite du pavillon Pavlovsky est possible les deux jours, de 10 h à 13 h. Jean-Louis Duzert y sera présent ce samedi, de 10 h 30 à 12 h 30.



