Histoire du musée : de l'Antiquité à nos jours, une invention révolutionnaire
Histoire du musée : de l'Antiquité à nos jours

Invention de la Révolution de 1789, le musée est le fruit d’une longue histoire européenne

Le musée, tel que nous le connaissons aujourd’hui, est une invention de la Révolution française. Pourtant, ses racines plongent profondément dans l’histoire européenne, avec des contributions majeures de rois originaires du Sud-Ouest, comme François Ier et Henri IV. Mais c’est en Angleterre que le premier musée public de l’histoire a véritablement vu le jour.

Institution publique au départ, le « musée » vise à rendre accessible à tous le patrimoine collectif de la Nation, l’idée du beau et du savoir à travers une sélection d’objets. Le musée montre l’art, mais aussi la science, la technique, l’histoire, toutes les nouvelles disciplines porteuses de progrès et de modernité. Voilà pour la définition estampillée par le ministère de la Culture. Passons à son histoire.

Le musée, ce mot et cette idée venus de l’Antiquité

Si le mot « musée » nous vient du grec Mouseîon, du nom du temple d’Athènes dédié aux muses, les neuf divinités des arts et de la création de la mythologie grecque, ce n’est pas en Grèce que fut conçue la première ébauche d’un musée, mais en Égypte, autour de 280 avant J.-C., avec la fabuleuse bibliothèque d’Alexandrie du roi Ptolémée Ier Sôter. Foyer de recherche et sanctuaire, le Mouseîon d’Alexandrie, qui réunissait les ouvrages les plus importants de l’époque, abritait aussi la première collection d’œuvres d’art. Le tout, bâtiment et pratiques, disparut dans un incendie, entre 48 avant notre ère et 642 après.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Les neuf muses olympiennes – Calliope (poésie épique), Clio (histoire), Erato (poésie lyrique et érotique), Euterpe (musique), Melpomène (tragédie et chant), Polymnie (rhétorique, éloquence), Terpsichore (danse), Thalie (comédie) et Uranie (astronomie) – sont à l’origine du mot. Un sarcophage des Muses, datant du IIe siècle, est conservé au musée du Louvre.

Du Palais des muses au musée

Le concept de « musée » émerge de nouveau en Italie au début de la Renaissance, au XIVe siècle. Fruits de pillages de guerre et d’héritages accumulés par les nobles et souverains, les collections sont conservées comme signe de leur puissance et de leur richesse. On redécouvre en même temps l’art antique, grec et égyptien, et ses vestiges que les humanistes vont conserver et bientôt exposer.

Ce sont d’abord les papes qui, avec Sixte IV, initient les collections des musées du Capitole en 1471. Les princes italiens, comme à Rome les Farnèse ou les Borghese, sont les premiers à envisager l’idée d’une collection de tableaux et de sculptures, rassemblés, offerts aux regards de quelques privilégiés, leurs invités, souvent des princes, comme eux, à l’intérieur des cours et des jardins, puis dans les galeries. La Galerie Borghèse est aujourd’hui un musée public situé dans le parc de la Villa Borghèse à Rome.

Les collections royales de François Ier et d’Henri IV

Les souverains prennent aussi l’habitude de s’entourer d’artistes célèbres. C’est ainsi que le génial artiste italien Léonard de Vinci se rendra sur l’invitation du roi François Ier, à Amboise, où il vivra jusqu’à sa mort en 1519. François Ier, né sous le nom de François d’Angoulême le 12 septembre 1494 à Cognac et mort le 31 mars 1547 à Rambouillet, collectionna toutes sortes d’œuvres d’art.

François d’Angoulême, protecteur des Arts et des Lettres, collectionne toutes sortes d’œuvres d’art : manuscrits anciens, miniatures, tableaux, sculptures, objets d’art, médailles, tapisseries, pierres précieuses, « curiosités ». Il sera le premier souverain à constituer une collection de statues et de tableaux dus aux maîtres italiens. Mais c’est au Béarnais Henri IV que reviendra l’initiative de rassembler les collections royales au Palais du Louvre, où logeront aussi les artistes, au plus près du pouvoir. Les prémices du futur musée du Louvre…

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Les musées publics, une invention révolutionnaire

Le Ashmolean Museum, premier musée public de l’histoire

C’est véritablement au XVIIe siècle, avec la multiplication des cabinets de curiosités, que naît la muséographie. En Angleterre, un certain Elias Ashmole fait don en 1677 d’un ensemble de collections à la vénérable université d’Oxford, à condition que celle-ci érige un bâtiment pour les accueillir. Ouvert à tous dès son inauguration, le Ashmolean Museum devient le premier musée public de l’histoire. En France, le premier musée public ainsi établi par ses statuts verra le jour en 1694, à Besançon en Franche-Comté.

Le British Museum a été inauguré à Londres en 1759. Au XVIIIe siècle, les ouvertures des collections privées se multiplient partout en Europe. Un vent nouveau se lève à Paris en 1750 avec l’ouverture de la galerie du palais du Luxembourg qui révèle les œuvres majeures du fonds royal. Cet élan se diffuse dans toute l’Europe, avec l’inauguration du British Museum en 1759 et des musées de Mannheim en 1756, de Dresde en 1760, de Cassel en 1769, de Düsseldorf en 1770. À Florence, les Offices accueillent en 1767 la collection des Médicis, tandis que les collections du pape s’installent au musée Pio-Clementino en 1784.

Le musée du Louvre ouvre en 1793

En France, fruits de la philosophie des Lumières, les premiers musées modernes et les collections publiques telles que nous les connaissons aujourd’hui sont véritablement mis en place par la Révolution. Lieux d’éducation, ils mettent à la disposition des citoyens les œuvres d’art des collections royales ou celles confisquées aux nobles et aux congrégations religieuses. Lieu officiel de l’exposition de l’art, le musée occupe dès lors une place centrale dans la vie de la cité.

À Paris, le palais du Louvre est choisi pour devenir un musée en 1793. Avec plus de 8 millions de visiteurs chaque année, il est aujourd’hui le musée le plus visité au monde. La plupart des grandes villes du pays, Bordeaux, Caen, Lille, Rennes, Rouen, Toulouse se dotent chacune aussi dans la foulée de leur propre musée des Beaux-Arts. Leurs collections sont également constituées notamment à partir de saisies révolutionnaires ou de dépôts de l’État. C’est aussi à cette époque que la France délaisse le mot latin de « muséum » au profit de celui de « musée ». De nos jours, le « muséum » désigne plutôt les musées consacrés aux sciences naturelles.

La fièvre muséale du XIXe siècle

Au cours de la première moitié du XIXe siècle, les villes de quelque importance ouvrent à leur tour leur musée, généralement à l’initiative des municipalités, souvent grâce à la générosité de donateurs, mais aussi sur des initiatives privées – celles d’artistes (musées Rodin, Henner, Moreau) ou de collectionneurs (Émile Guimet). Le musée des Beaux-Arts de Bordeaux a été inauguré en 1801.

Le musée est également utilisé à des fins politiques. Louis-Philippe fait de Versailles un Musée de l’Histoire de France, Napoléon III fonde au château de Saint-Germain-en-Laye le Musée des antiquités nationales, aujourd’hui Musée d’archéologie nationale. Au même moment, une fièvre muséale s’empare du vieux continent : à Saint-Pétersbourg s’ouvre en 1852 le musée de l’Ermitage, suivi de près en 1857 par le Victoria and Albert Museum de Londres, puis par l’Union centrale des Arts décoratifs, inaugurée en 1863 à Paris.

La culture pour tous

Partout s’accumulent les trésors, bien souvent arrachés à leur site d’origine, ou confisqués (pour ne pas dire volés) dans les pays conquis et colonisés par la République et l’Empire. Les musées français deviennent aussi, avec l’école de la République, le symbole des efforts d’instruction et de vulgarisation entrepris à destination des classes laborieuses nées de l’âge industrielle.

Les musées modernisés et dopés par le marché de l’art au XXe siècle

Les années de la modernisation, dans l’entre-deux-guerres

À l’aube du XXe siècle, et surtout entre les deux guerres mondiales, l’institution muséale, accusée d’être passéiste et académique, fait l’objet de nombreuses critiques. Entrecoupées par les horreurs de la Seconde Guerre mondiale, durant laquelle les nazis vont piller les musées et spolier les Juifs de leurs biens et de leurs œuvres d’art, les années 1920 puis les années 1950 sont celles de la modernisation.

À New York, Cézanne, Van Gogh et Gauguin s’exposent au MoMa depuis 1929. À Paris, Claude Monet choisit l’orangerie du jardin des Tuileries pour accueillir le cycle des « Nymphéas », que le peintre a donné à l’État en 1920, et la capitale donne naissance, dans les années 1940, aux actuels Palais de Tokyo et Musée d’art moderne de la ville de Paris.

Le Centre Pompidou à Paris, le CAPC à Bordeaux

À la Libération, l’ordonnance du 13 juillet du gouvernement provisoire de la République française classifie les musées en trois types d’institutions : musées nationaux, musées classés et musées contrôlés. Après un dernier coup d’accélérateur donné dans les années 1960, à la faveur des Trente Glorieuses, à partir des années 1970 et 1980, dans un contexte d’emballement du marché de l’art, de vastes chantiers sont entrepris et font appel à la fine fleur de l’architecture internationale.

C’est le cas à Paris du Centre Pompidou, signé Renzo Piano et Richard Rogers et inauguré en 1977. Cette décennie marque aussi la volonté de rénover d’anciens monuments pour les transformer en musées, comme le CAPC (Centre-musée d’art contemporain), inauguré à Bordeaux en 1984, dans les entrepôts Laîné, ancien lieu de stockage des denrées coloniales.

Le XXIe siècle, ère de la décolonisation et de la numérisation

Au XXIe siècle, un mouvement international s’est dessiné en faveur de la décolonisation des musées. Les institutions muséales ont également pris conscience de la nécessité de se doter d’équipements numériques performants. Ce qui ne les empêche pas de continuer à se multiplier. À Marseille, le Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MUCEM) est inauguré par le président Hollande, le 7 juin 2013, alors que la cité phocéenne est capitale européenne de la culture.

95 000 musées dans le monde en 2023

En France, on en dénombre aujourd’hui entre 3 000 et 10 000, si l’on englobe tous les « musées » et lieux d’exposition. Dans les 1 216 institutions muséales du réseau des musées comptabilisés par le ministère de la Culture, les musées de collectivités territoriales sont, et de loin, les plus nombreux, puisqu’ils représentent à eux seuls 82 % des musées du pays. Et dans le monde, avec le développement du tourisme culturel, les musées se portent bien, de Doha à Tel-Aviv, de Bangkok à Los Angeles. Aujourd’hui, le dernier recensement de l’Unesco compte quelque 95 000 musées dans le monde – dont 3 000 en Europe – contre 22 000 en 1975.

Sources : Archives Sud Ouest, Beaux Arts Magazine, site Internet du ministère de la Culture.