Pour leur 26e édition, les Boutographies réunissent, au Pavillon Populaire de Montpellier, dix-huit photographes européens sélectionnés parmi plus de 600 dossiers. Entre argentique travaillé en chambre noire, archives fictives générées par intelligence artificielle et séries documentaires sur les prisons ou les mariages arrangés, l’exposition offre un panorama aussi varié qu’exigeant de la création photographique contemporaine. Jusqu’au 31 mai.
Une sélection rigoureuse
Ce sont encore plus de 600 dossiers qui sont parvenus à l’équipe des Boutographies et au jury de cette 26e édition qui donne un éclairage vivifiant sur la photographie européenne. Mais il n’y a eu que 18 élus : sept qui voient leurs clichés accrochés au Pavillon populaire et onze dont les œuvres sont projetées sous format vidéo dans ce même pavillon. Comme chaque année, cette exposition principale permet de favoriser une diversité d’approches photographiques : entre le travail qui peut être documentaire, historique, social, onirique, critique ou tout simplement esthétique.
De l’argentique à l’intelligence artificielle
"On aime bien aller d’un bout à l’autre d’un éventail qui va de la photo numérique ultra-artificielle jusqu’à la photo argentique travaillée en laboratoire", affirme Christian Maccotta, le directeur artistique, quand il est devant le travail d’Alessandro Silverj. Le photographe italien, qui mène une réflexion sur la violence faite aux femmes à travers le prisme de l’histoire italienne, de l’Inquisition jusqu’aux expérimentations scientifiques du XIXe siècle, a manipulé ses propres clichés ainsi que des documents d’archives en chambre noire pour obtenir un rendu homogène et intemporel. Une réussite.
Quand l’archive devient fiction
De l’autre côté de ce prisme de laboratoire, la série Sherry Airlines de Pascal Sgro. Le Belge a créé les archives fictives d’une compagnie aérienne des années 1950-1960. Il a développé avec un ami un outil d’IA capable de s’inspirer de son esthétique documentaire — notamment son usage caractéristique du flash et ses palettes de couleurs — pour le transposer dans une image presque publicitaire. On flirte étrangement avec le dessin.
La mémoire altérée par l’algorithme
Autre travail qui fait appel au numérique, celui de Cristóbal Ascencio pour Las Flores Mueren Dos Veces. Partant du suicide de son père, qu’il a appris tardivement, l’Espagnol développe le thème de la modification du souvenir. Il y a d’abord l’altération de la mémoire avec un algorithme qui modifie les images familiales, créant des clichés instables. Il déploie aussi un jardin virtuel autour des plantes cultivées par son père. Il y a aussi des photos de famille non retouchées que le photographe avait prises étant jeune.
Le documentaire social au cœur des murs
Plus classique est la démarche d’Alexandre Bagdassarian, qui développe un travail documentaire au sein de prisons pour mineurs mêlant images et entretiens, ou celle d’Anouchka Renaud-Eck, qui ouvre l’exposition. La Française s’est intéressée au mariage arrangé en Inde. Elle affirme avoir conçu ce travail "comme un rébus visuel" en montrant la cohabitation entre coutumes ancestrales et modernité. Ses images sont réjouissantes, mêlant compositions, couleurs et variété des cadrages.
Le brouillard comme langage visuel
L’un des travaux les plus surprenants est peut-être celui d’Hannes Jung. En s’intéressant aux violences sexuelles subies par les hommes durant la guerre de Bosnie dans les années 1990, l’Allemand a choisi l’esthétique du brouillard, qui révèle une colorimétrie grise. Cela jure avec l’esthétique saturée des filtres numériques contemporains. Terminons par Marie Lukasiewicz qui, sur le blanchiment des récifs coralliens, brouille la frontière entre réalité et fiction à travers des images symboliques et ironiques.
Jusqu’au dimanche 31 mai. Pavillon populaire et divers lieux, Montpellier. Programme sur boutographies.com



