Boualem Sansal fait marche arrière. L'écrivain français, déchu de sa nationalité algérienne, n'envisage plus de quitter la France, après avoir annoncé son départ de l'Hexagone fin avril. Interrogé ce vendredi 8 mai par Ouest-France, Boualem Sansal explique que son annonce était « un coup de colère ».
L'octogénaire incarcéré en Algérie pendant un an pour certaines prises de position sur son pays natal, a retrouvé la liberté en novembre 2025 après avoir été gracié par le président Abdelmadjid Tebboune, qui a répondu favorablement à une demande des autorités allemandes. Il y a deux semaines, l'écrivain avait indiqué en interview sur TF1 que « la France, c'est fini » pour lui et qu'il se verrait bien vivre en Belgique. « Il me reste quelques mois à tirer dans ce pays et je me tire », déclarait-il.
Celui qui publiera le 2 juin, « La Légende », un récit retraçant notamment son année d'incarcération, a donc rebroussé chemin. « Je suis Français de nationalité, et les gens qui m'abordent dans la rue m'apportent beaucoup de marques de sympathie », souligne-t-il. « Je crois que mon incarcération a beaucoup touché les Français et qu'ils sont contents de me voir libre ».
Il explique avoir que son ancien éditeur Gallimard, lui a demandé d'écrire à propos de sa détention. « Je me suis demandé : est-ce que j'allais faire un récit comme celui de Nicolas Sarkozy, Journal d'un prisonnier ? Pas trop, ce n'est pas la même durée et les mêmes conditions de détention. Moi, je voulais faire un truc vraiment politique », indique l'écrivain.
« Je suis devenu l'homme à abattre »
Depuis sa libération, l'octogénaire, en traitement médical en région parisienne pour plusieurs pathologies lourdes, est au cœur de polémiques. Boualem Sansal a quitté en mars son éditeur historique, Gallimard, pour entrer chez Grasset, une maison contrôlée par le groupe Hachette du milliardaire conservateur Vincent Bolloré. Son arrivée chez Grasset a coïncidé avec le départ du PDG de cette maison, Olivier Nora, considéré par de nombreux auteurs comme un « licenciement » décidé par Vincent Bolloré.
Les deux dirigeants étaient en désaccord sur la date de publication du prochain livre de Boualem Sansal, finalement anticipée à juin. Le départ d'Olivier Nora a provoqué une fronde inédite dans l'édition, marquée par le départ de nombreuses signatures connues de Grasset et un appel largement relayé à étendre à ce secteur une « clause de conscience », semblable à celle existant pour les journalistes.
« Je quitte Gallimard et c'est une immense cabale. Je suis traîné dans la boue matin et soir dans les journaux. À cela s'est ajouté le départ d'Olivier Nora à Grasset, les allusions à Bolloré que je ne connais même pas… Je suis devenu l'homme à abattre, celui qu'il faut chasser », déplore Boualem Sansal auprès de nos confrères de Ouest-France, ce vendredi.



