Le surfeur professionnel landais Vincent Duvignac raconte dans le documentaire « Out of Line » sa longue convalescence, après s’être brisé deux cervicales. De retour dans les vagues, il se confie sur ses séquelles.
Un accident grave qui aurait pu être fatal
Vincent Duvignac sait aujourd’hui qu’il revient de loin. Les yeux rivés sur les conditions de surf de la côte landaise, entre une session à Hossegor, avec son sponsor Oxbow, et la préparation de sa saison de moniteur à Mimizan, le surfeur professionnel de 39 ans s’impose aussi une nouvelle rigueur. Victime d’un grave accident de surf, le 14 janvier 2025, immobilisé pendant de longues semaines pour une fracture des cervicales C1 et C2 qui aurait pu lui être fatale, il a fallu réapprendre la vie quotidienne avant d’envisager, avec beaucoup d’optimisme et d’humilité, de reprendre le chemin des rouleaux landais.
« Un mois après l’accident, je portais un énorme corset qui m’immobilisait la tête, je ne savais pas si j’allais re-surfer un jour. J’ai eu beaucoup de chance, en tapant le fond, de ne pas perdre connaissance, de ne pas faire un arrêt cardiorespiratoire. » Le surfeur landais a vite repris le surf de haut niveau, mais il sait aussi que les séquelles de l’accident ne disparaîtront pas.
Un chemin différent vers la reprise
De spécialistes des rachis en neurochirurgiens, de kinésithérapeutes en préparateurs physiques, le chemin vers la reprise du surf est envisagé pas à pas : « Il y avait un gros brouillard sur mon avenir sportif, qui s’est dissipé très lentement, au bout d’un an. J’espérais ne pas avoir de séquelles, pouvoir tourner la tête suffisamment pour retourner dans des vagues creuses et engagées, mais j’ai compris, dans les mots des médecins, qui t’expliquent les choses avec humanité et respect, qu’il fallait trouver un chemin différent. J’ai des séquelles, je dois apprendre à être un surfeur avec une identité qui ne sera plus la même. »
« Difficile à accepter », confie-t-il. Un mois après l’accident, il confiait déjà à Sud-Ouest qu’il y aurait « un avant et un après ». Compétiteur pendant vingt ans, free surfeur multi-récompensé depuis quinze ans, l’obsession quotidienne de « Duvi » pour les vagues ne risque pas de disparaître : « Mes cervicales ont d’un seul coup un âge hyper avancé par rapport au reste de mon corps. C’est très difficile à accepter. »
Le travail psychologique a été à peu près aussi important que le travail mécanique de ses vertèbres. « Au début, quand je suis retourné à l’eau, à chaque sortie, je retrouvais la sensation de progresser, comme quand on apprend à surfer, donc la frustration est partie très vite. Puis le “plafond” est arrivé, et j’ai compris que mécaniquement, ça n’évoluerait plus trop. »
Des adaptations au quotidien
Vincent fait désormais face, dans l’eau, à deux difficultés : les autres surfeurs, faute de pouvoir mieux tourner la tête, et les vagues creuses et tubulaires, dont il a toujours été un spécialiste. « Quand je suis dans l’eau, je suis obligé de me concentrer en permanence. » Il s’est aussi coupé les cheveux plus courts : « Je ne peux plus secouer la tête pour chasser l’eau, comme avant. » Et désormais, le casque est de rigueur, même si le jour de l’accident, ça n’aurait rien changé.
Le documentaire « Out of Line »
Corentin Lauret, de chez Oxbow, lui demande au bout de quelques mois s’il serait prêt à raconter son histoire, dans un film documentaire : « Au début, je n’étais pas très chaud. Puis je suis retourné à l’eau, et finalement, j’avais envie de célébrer mon retour au surf et à la vie. J’ai rencontré le cadreur Pierre Fréchou, il m’a proposé de venir me filmer pendant mon séjour au Centre européen de rééducation du sportif (Cers), à Capbreton. Refaire des images, penser à ma vie professionnelle d’avant, m’a fait du bien. On a filmé des instants “famille”, des émotions, mon retour à l’eau, et au final, on est partis sur un trente-sept minutes. »
Le documentaire au cinéma. Retrouver une condition physique, après trois mois d’immobilisation totale du haut du corps, était aussi un véritable défi : « Plus de bras, plus de souplesse, plus de cardio, quand j’ai enlevé le corset, marcher dans le quartier autour de chez moi m’épuisait. Le Cers, où j’ai retrouvé les mêmes préparateurs physiques qui s’étaient occupés de moi il y a dix-neuf ans, a été une motivation supplémentaire. » Dix mois après ce jour maudit, les images captées pour le documentaire parlent d’elles-mêmes : Vincent Duvignac n’en a pas fini avec le surf de haut niveau.
Oxbow a finalement décidé d’organiser des projections cinéma, avant de mettre le documentaire en ligne. « Échanger avec le public, voir les réactions à chaud, c’était super cool. » Et pour l’après ? « Je n’irai plus à La Gravière [vague creuse célèbre d’Hossegor, NDLR] avec 40 surfeurs au line-up. Je peux surfer des grosses vagues, avec de plus grandes planches, mais je me refuse de prendre le risque de me blesser à nouveau. Ce qui me tient aussi à cœur, c’est de témoigner des évolutions du littoral landais, mon terrain de jeu depuis trente ans, et de transmettre désormais un peu plus que du surf. »



