Les applaudissements éclatent avant même qu'il n'apparaisse dans la salle. Au premier rang, quelques élèves de première se lèvent, puis toute l'assemblée suit, offrant une standing ovation spontanée à Xavier Dolan, venu à l'Institut Stanislas de Cannes. Le réalisateur québécois traverse l'allée, sourire timide, regard surpris, face à une centaine de lycéens rassemblés pour une masterclass exceptionnelle dans le cadre de la Semaine du Cinéma Positif. Dix ans après le sacre cannois de Juste la fin du monde, projeté pour l'occasion, le cinéaste de 37 ans mesure l'écho singulier de son œuvre auprès de la jeunesse.
Un échange privilégié sur l'art et les émotions
Dans l'amphithéâtre, Xavier Dolan prend le parti de la confidence : « Les rencontres avec le public, et particulièrement avec les jeunes, c'est toujours ce que j'ai préféré », explique-t-il. Les élèves, attentifs et parfois intimidés, découvrent un réalisateur aussi à l'aise dans l'analyse de son cinéma que dans l'évocation de ses fragilités. Récompensé cette année par le Humann Impact Prize 2026, le réalisateur canadien échange autour de Juste la fin du monde, adaptation de la pièce de Jean-Luc Lagarce avec le regretté Gaspard Ulliel. Ce prix distingue des personnalités dont l'œuvre et l'engagement participent à faire progresser la dignité humaine.
« Même si moi je vieillis, l'âge de mon public suit une courbe proportionnellement inverse », sourit-il, soulignant l'importance de la fidélité de la jeunesse. Rosalie Mann, présidente fondatrice de One More Plastic Foundation et créatrice du Humann Prize, insiste sur la portée du film : « C'est devenu un film culte. Il n'a pas pris une seule ride », saluant « l'un des réalisateurs les plus importants de notre époque ».
Des confidences personnelles et une réflexion sur la communication
Interrogé par un lycéen sur la dimension tragique du film, le cinéaste se livre à l'une des réponses les plus personnelles. Il évoque avec tristesse la mort de sa grand-tante, « la femme qui l'a vraiment élevé », et cette lettre qu'il avait dû lui lire avant sa disparition. « Au moment de dire je t'aime, c'était devenu physiquement impossible », raconte-t-il. Il explique que tous ses personnages tentent de dire leur amour sans jamais y parvenir complètement : « Il fait tout, sauf communiquer », résume-t-il à propos du héros de son film.
Pendant une heure, les questions fusent sur la fin du film et les personnages de mère, omniprésents dans son œuvre. Xavier Dolan répond sans détour, parfois avec humour, reconnaissant que certaines interprétations du public sont « peut-être meilleures » que les siennes. Avant lui, le maire de Cannes David Lisnard avait insisté sur le rôle fondamental de la culture : « Chaque œuvre d'art, c'est le début d'un monde », a-t-il lancé aux lycéens.
Un film qui traverse les générations
Beaucoup d'élèves ressortent marqués par la projection. « Les images étaient incroyables », glisse une lycéenne, tandis que d'autres évoquent la « puissance émotionnelle » du film et sa colorimétrie « magnifique ». Dix ans après son Grand Prix à Cannes, Juste la fin du monde continue de traverser les générations. Dans le silence encore chargé de l'amphithéâtre, cette rencontre rappelle que certains films ne vieillissent pas : ils trouvent simplement de nouvelles oreilles pour les entendre.



