Mourad Winter possède un talent indéniable. Après l'excellente comédie romantique adaptée de son roman L'Amour c'est surcoté, le réalisateur de 30 ans livre un nouveau long métrage aussi original que réussi. Intitulé Une famille de bâtards, disponible ce vendredi sur Amazon Prime, le film réunit sa bande de comédiens complices : Laura Felpin, Benjamin Tranié et Hakim Jemili, tout en accueillant des « petits nouveaux » tels que Florence Foresti et Kad Merad.
Un scénario inspiré de souvenirs personnels
« Mon père tenait un café en région parisienne quand j'étais gamin, raconte le réalisateur. Je me suis un peu inspiré de mes souvenirs de cette période pour écrire l'histoire. » Et quelle histoire ! Lorsque le patron d'un bistrot, où machines à sous et prostitution arrondissent les fins de mois, se fait tirer dessus, ses trois enfants – tous de mères et de caractères différents – doivent s'unir. Leur objectif ? Sauver le commerce et leur peau, menacés par des gangsters impitoyables.
L'atmosphère du café, un personnage à part entière
« Au-delà de l'aspect illégal et du grand banditisme, j'avais envie de parler des petits commerces, ces petits bars où on pouvait discuter toute une soirée avec un inconnu qu'on ne reverra peut-être jamais, insiste Mourad Winter. On refaisait le monde, puis on rentrait chez soi et on passait à autre chose. » L'ambiance du café est particulièrement bien rendue, tandis que le trio tente de trouver des solutions pour se sortir d'une situation dramatique. Le rire est souvent au rendez-vous, mais ce suspense teinté de polar réserve aussi de beaux moments d'émotion.
Des acteurs au sommet de leur art
On pense notamment aux personnages de Kad Merad et Florence Foresti. Le premier surprend en aveugle à la sagesse discutable, tandis que la seconde trouve son plus beau rôle à l'écran en prostituée vieillissante. « J'ai toujours voulu rassembler dans mes films, déclare Mourad Winter. Qu'un spectateur de 70 ans s'y sente à l'aise tout autant que les plus jeunes, c'est l'une des raisons pour lesquelles j'ai choisi des interprètes qui peuvent toucher tout le monde. » Cette générosité se ressent à chaque instant dans cette « famille de bâtards », qui semble faire écho à l'équipe réunie autour du réalisateur. « Florence et Kad représentent la mémoire du café, analyse-t-il. Dans celui de mon père, il y avait toujours des gens qui y passaient la journée et dont on se demandait ce qu'ils faisaient de leur vie. »
Un retour sur une époque révolue
Mourad Winter a également effectué des recherches pour que le contexte des trafics décrits dans son film soit réaliste. « Il y a eu beaucoup d'argent à se faire dans les machines à sous avant les années 2000, souligne-t-il. Cela a été une grande partie de l'histoire des cafés parisiens, avant que le grand banditisme ne se tourne davantage vers le narcotrafic. » Une famille de bâtards fait revivre cette période avec humour et nostalgie, sans en cacher les aspects plus sombres. Décidément, Mourad Winter a du talent.



