Le rape and revenge movie : quand les femmes violées se vengeaient au cinéma
Rape and revenge : la vengeance des femmes violées au cinéma

Dans la période post-#MeToo, le genre cinématographique du rape and revenge (viol et vengeance) fait l'objet d'un réexamen. Ce genre, apparu au début des années 1970 avec La Dernière Maison sur la gauche (Wes Craven, 1972), a connu un vif succès dans les circuits parallèles avant de disparaître des salles dans les années 1980, se réfugiant dans la vidéo avec environ une centaine de films produits.

Une ambiguïté fondamentale dans la représentation

Le rape and revenge a longtemps été rejeté par la critique pour sa complaisance supposée dans la représentation violente du viol et de la vengeance, accusé de viser un public masculin et de satisfaire le male gaze. Mais la question se pose : est-il plus dérangeant de montrer un viol de manière crue ou de l'esthétiser via un jeu de clair-obscur et un hors-champ ? Cette ambiguïté semble impossible à lever.

Dans Sudden Impact (Clint Eastwood, 1983), le viol collectif d'une artiste et de sa sœur est représenté de manière violente mais esthétisée, avec un montage classique et une photographie qui atténue l'horreur. En revanche, les films à petit budget des années 1970, comme I Spit on Your Grave (Meir Zarchi, 1978), montrent quatre viols brutaux de manière explicite, sans sophistication. La vengeance de la victime, qui traque et tue ses agresseurs, est à la mesure de l'agression. Le titre initial Day of the Woman fut changé par les producteurs, jugé trop centré sur la victime vengeresse.

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Sexualité et vengeance : un renversement politique

Dans le genre rape and revenge, la vengeance s'accompagne souvent d'une sexualité et d'une féminité revendiquées. Dans Gator Bait II: Cajun Justice (Beverly et Ferd Sebastian, 1988), l'héroïne tue ses agresseurs vêtue d'un minishort et d'une chemise échancrée. Dans Revenge (Coralie Fargeat, 2017), le dernier plan montre Jennifer, la femme violée, de dos en deux-pièces, couverte de boue et de sang, fusil à la main, lançant un défi au spectateur.

Cette sexualisation de la vengeance s'oppose à l'image du corps abusé. En prenant sa revanche, la femme violée passe d'objet sexuel à sujet sexuel, devenant justicière. Malgré les ambiguïtés, ce portrait de femmes se vengeant plutôt que de recourir à une justice inefficace donne au genre une dimension politique indiscutable.

Pascal Couté, agrégé de philosophie et docteur en études cinématographiques, est professeur à l'université de Caen-Normandie et auteur de plusieurs ouvrages sur le cinéma. Cet article est une tribune libre.

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