Pourquoi les films d'horreur fascinent-ils autant ?
Pourquoi les films d'horreur fascinent-ils autant ?

Le cinéma d'horreur continue de fasciner, jusque dans ce qu'il a de plus dérangeant. Selon le réalisateur Guilhem Sendras, professeur d'analyse filmique et coordinateur pédagogique à ACFA Multimédia à Montpellier, ce genre parle de choses essentielles comme la mort, la vieillesse, l'exclusion ou la violence. Derrière les monstres, il met en scène des peurs intimes et humaines, agissant comme un miroir de notre société.

Un spectacle qui fait se sentir vivant

Quand les lumières se rallument, on sait que les souffrances étaient fictives et on se sent mieux. Guilhem Sendras explique que les gens cherchent des sensations fortes, un spectacle qui les fait se sentir vivants. Mais ils y cherchent aussi des réponses : l'art aide à comprendre, et l'horreur en serait une forme pure. Le genre parle particulièrement aux jeunes, fonctionnant comme un rite de passage par l'interdit, loin du regard des adultes.

Plus l'époque est trouble, plus l'horreur plaît

Cette fascination s'explique aussi par le contexte anxiogène. Le passage par la peur permet de digérer le monde. Guilhem Sendras cite les films de torture des années 2000, comme Saw ou Hostel, souvent lus comme une réponse aux violences de l'après-11-Septembre. Hostel trouverait son origine dans le traumatisme du réalisateur Eli Roth après la vidéo de l'exécution du journaliste Daniel Pearl. La catharsis, concept aristotélicien de purgation des passions, joue un rôle clé : éprouver des émotions fortes dans une fiction pour en ressortir soulagé.

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La salle de cinéma comme lieu de communion

La salle compte autant que le film. Un cri, un rire nerveux, la tension circule. Guilhem Sendras compare l'horreur à une montagne russe : on entre dans le noir pour être bousculé, mais avec un filet de sécurité. Des séances de Retour à Silent Hill, Obsession ou Backrooms deviennent ainsi des moments de communion.

Des peurs contemporaines

Les peurs évoluent avec l'époque. The Substance de Coralie Fargeat parle du corps, de l'apparence et de la vieillesse. Backrooms de Kane Parsons, sorti le 17 juin, est une allégorie de l'intelligence artificielle générative. Obsession de Curry Barker traite de la misère affective, des incels et du consentement. Le personnage principal glisse de la victime à l'agresseur, posant un questionnement moral : que ferait-on si on pouvait forcer quelqu'un à nous aimer ?

Derrière les monstres, la société

L'horreur a toujours été sociale et politique. Dans Les Griffes de la nuit de Wes Craven, le plus effrayant est le refus des adultes de croire les adolescents agressés. Chez George Romero, les zombies racontent la société de consommation. Guilhem Sendras le considère comme l'un des sociologues les plus brillants du XXe siècle. L'horreur fascine parce qu'elle grossit ce qui dérange, le rend visible. Les monstres changent, mais le mécanisme reste : dans le noir, chacun éprouve une peur qui lui appartient déjà.

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