Dans les archives, le 1er mai 1974, Philippe Labro était à Bordeaux avec son producteur Jacques-Eric Strauss pour un brin de bonheur bordelais. Le cinéaste, alors âgé de trente-huit ans, affichait un visage étonnamment jeune et lisse, des yeux de chat à l'affût rappelant ceux de Jean Marais, et des allures de play-boy dans le vent, vite démenties par un ton, une attitude et un dynamisme évident rare chez les piliers de drugstore.
Un touche-à-tout
Philippe Labro est un battant, un fonceur. Il connaît et aime trop le sport pour qu'on le chicane sur cette étiquette. Journaliste de la presse écrite, parlée et audiovisuelle (notamment pour "Cinq colonnes à la une" et "Caméra 3"), passionné par les États-Unis, fasciné par les grands ténors de la politique, des affaires et de la truanderie (il a écrit une biographie d'Al Capone), meilleur et plus fidèle ami de Jean-Pierre Melville (il dînait avec lui le soir de sa mort), Labro est venu tout naturellement au cinéma.
On se rappelle ses trois premiers films : "Tout peut arriver", "Sans mobile apparent" et surtout "L'Héritier". Comme Bonecarrère dans "Rosebud" (qu'il aurait pu écrire), comme Walsh et tous les grands cinéastes américains, Labro a d'abord le culte de l'action et du mouvement. Avec Jean-Claude Bouillon puis avec Belmondo, il a réussi très vite ce que beaucoup de réalisateurs français cherchent toute leur vie : un survol du monde contemporain, agressif et emporté, mais tempéré par une forme d'humour intérieur et un romantisme plein de pudeur.
Une carrière de réalisateur
Son quatrième film, "Le Hasard et la violence", écrit en collaboration avec Jacques Lanzmann, réunit les yeux noisette et les cheveux auburn de Katharine Ross ("Butch Cassidy") et la voix chaude et la puissance de jeu d'Yves Montand. La féminité et la puissance au service d'une histoire d'amour, mais aussi d'une histoire de violence fort mystérieuse. Pour les seconds rôles, de nombreux jeunes acteurs italiens ont été choisis, car, selon Labro, "les Italiens sont plus instinctifs, plus impulsifs que les Français… Il est toujours plus facile de leur faire jouer des rôles de gouapes…"
Philippe Labro était donc à Bordeaux le 1er mai 1974 avec son producteur Jacques-Eric Strauss. Il n'a pas manqué d'acquérir le traditionnel muguet porte-bonheur, comme des milliers de Bordelais.



