Palmarès de Cannes : les favoris de la compétition
Palmarès de Cannes : les favoris de la compétition

Le grand rendez-vous mondial du cinéma s'achèvera ce samedi soir avec le dévoilement du palmarès. Après avoir visionné 22 films en compétition pendant dix jours, le jury présidé par le réalisateur sud-coréen Park Chan-wook se réunira ce samedi matin en conclave, dans une villa dont l'adresse est tenue secrète, pour répartir sept prix (scénario, interprétation…), dont la Palme d'or. À la mi-journée, les heureux élus seront appelés par les organisateurs du festival et invités à assister à la présentation du palmarès, ce samedi soir à 20 heures, sans savoir quelle récompense leur sera remise. Faute d'appel téléphonique, les équipes des autres films comprendront qu'elles repartent bredouilles. C'est la dure loi du festival.

Les favoris de la compétition

Un film franco-belge surnage dans les « palmomètres » diffusés chaque jour par la presse spécialisée : « Notre salut », avec Swann Arlaud, portrait d'un fonctionnaire du régime de Vichy, en 1940, perdu par son ambition. Ce deuxième long-métrage d'Emmanuel Marre, tourné à Limoges, a fait forte impression, tant par sa finesse que par l'inventivité de sa mise en scène.

Cinq autres productions se distinguent : le beau et mélancolique « Fatherland », du Polonais Pawel Pawlikowski, qui retrace le retour en Allemagne, en 1949, de l'écrivain Thomas Mann, dépeint en géant désarmé face au tragique ; « Soudain », du Japonais Ryusuke Hamaguchi, l'amitié entre une directrice d'Ehpad et une metteuse en scène gravement malade, un récit qui chemine en lenteur (3 h 16) et en douceur vers une profondeur bouleversante ; « Minotaure », du Russe Andreï Zviaguintsev, implacable tableau de la déroute morale des élites poutiniennes ; « Fjord », du Roumain Cristian Mungiu ; et enfin le somptueux quoique moyennement émouvant « Paper Tiger », de James Gray, avec Adam Driver et Scarlett Johansson.

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Les performances d'acteurs

Javier Bardem dans « L'Être aimé » de Rodrigo Sorogoyen et Swann Arlaud dans « Notre salut » sont en pole position pour le prix d'interprétation masculine. Chez les actrices, deux Léa ont des chances : Léa Drucker (« La Vie d'une femme ») et Léa Seydoux, même si elle a déjà été couronnée pour « La Vie d'Adèle » en 2013. Elle est époustouflante dans « L'Inconnue », d'Arthur Harari, film sur lequel il est difficile d'avoir un avis fixe tant il est à la fois agaçant et passionnant.

Les déceptions et les surprises

Les nouveaux opus des maîtres Pedro Almodóvar (« Autofiction ») et Asghar Farhadi (« Histoires parallèles ») ont été accueillis plus tièdement. Ils ont en commun d'enchâsser plusieurs récits dans des mises en abyme aussi fluides que vertigineuses, mais le résultat a souvent été jugé froid, théorique.

Un ovni a secoué la compétition : dans « Hope », blockbuster du Sud-Coréen Na Hong-jin, un groupe de créatures monstrueuses prend d'assaut un village fictif. Aussi drôle que renversant, ses 2 h 40 passent à la vitesse de la lumière. Un pur film de divertissement, genre d'habitude présenté hors compétition, qui pourrait créer la surprise au palmarès. Mais Park Chan-wook, à la tête du jury, accordera-t-il un prix à un compatriote ?

Les tensions et les records

Cette édition a été marquée par les tensions entre Canal+ et une partie du cinéma français, qui se sont manifestées jusqu'en projection. À plusieurs reprises, en séance, des spectateurs ont hué le logo de Canal+ quand il est apparu à l'écran – on a même entendu des insultes.

Avec trois films en compétition chacun, le Japon et l'Espagne ont dominé la compétition. La France a été bien représentée, toutes sections confondues : « La Vénus électrique », « L'Abandon », « La Vie d'une femme », « Gabin »… Grands absents, les blockbusters des studios américains, qui se méfient de l'accueil toujours incertain à Cannes. Habituellement, une superproduction « made in Hollywood » est présentée en avant-première mondiale.

Cette année, il fallait prendre son temps : 3 h 16 pour « Soudain », 2 h 47 pour « L'Aventure rêvée », 2 h 40 pour « La Bataille de Gaulle, l'âge de fer », 2 h 30 pour « Notre salut », 2 h 20 pour « Histoires parallèles », idem pour « L'Inconnue »…

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Le rituel des standing ovations

C'était la fronde amusante de ce festival : des médias américains ont épinglé la surinterprétation des standing ovations à la fin des projections officielles, dont les images sont relayées pour annoncer un « triomphe » du film. En fait, ce rituel est devenu quasi automatique, il relève surtout de la courtoisie vis-à-vis de l'équipe. Au point que, maintenant, c'est la durée des standing ovations qui est scrutée : à moins de quatre minutes, c'est un flop. Bref, attention, même les acclamations, au festival, c'est du cinéma.