Ce lundi 1er juin à 23h30, Arte diffuse "Mississippi Burning", un polar politique signé Alan Parker qui mérite une réévaluation. Sorti en 1988, le film plonge deux agents du FBI dans le vieux sud raciste de 1964, où les répressions du Ku Klux Klan répondent au combat pour les droits civiques. Ward (Willem Dafoe), froid et légaliste, découvre les mœurs locales aux côtés d'Anderson (Gene Hackman), un vieux malin du coin.
Un contexte historique explosif
Cette chronique des dernières heures de l'Amérique ségrégationniste sort dans un climat d'extinction : apartheid et guerre froide accompagnent la disgrâce des stylistes britanniques à Hollywood. Parker, auréolé des succès de Birdy et Angel Heart, n'a jamais pesé aussi lourd. Avec son script engagé, ses têtes d'affiche et la crème des techniciens, le film démontre une puissance que le cinéaste ne retrouvera plus.
Manichéisme et grand spectacle
Le brasier des églises incendiées par le Klan, suivi de l'assassinat de trois militants antiracistes, annonce la couleur : Parker actionne tous les leviers du grand spectacle. Cette inclinaison pompière lui attire les foudres de la critique, la communauté noire lui reprochant de l'avoir dépeinte en victime muette, son salut ne dépendant que des deux flics blancs.
C'est à la fois une vérité incontestable et un mauvais procès. L'œuvre, malgré son clinquant, mérite d'être réévaluée. À l'image de cette séquence où des agents cravatés s'enfoncent dans les eaux boueuses d'un bayou, l'enquête est vite débordée par un mal diffus. "Mississippi Burning" hybride le roman noir et le film de guerre du Vietnam, dont la géographie moite trouve un écho dans le Mississippi.
Gene Hackman, un John Wayne démoniaque
La population noire est filmée de loin, comme les Vietnamiens dans Apocalypse Now. Parker s'intéresse moins aux opprimés qu'aux oppresseurs. Ward mute en officier littéraliste, tandis qu'Anderson tient du privé trivial et fier à bras, interprété par Hackman comme un John Wayne démoniaque. Son histoire d'amour avec l'épouse d'un membre du Klan (Frances McDormand) réserve les meilleurs moments, tissant la complicité de deux victimes discrètes.
La beauté du film réside dans ce biais triste qui sourd sous sa surface triomphaliste, suggérant que la fin de la ségrégation ne suffira jamais à cicatriser les plaies originelles de l'Amérique.



