Matthieu Penchinat, de Nîmes à Cannes : l'acteur raconte son rôle dans Nouvelle Vague
Matthieu Penchinat : son rôle dans Nouvelle Vague

Le Nîmois Matthieu Penchinat à l'affiche de Nouvelle Vague

Le comédien nîmois Matthieu Penchinat est à l'affiche du film Nouvelle Vague, sorti en salles mercredi dernier. Dans cet entretien, il revient sur son parcours et son interprétation de Raoul Coutard, le chef opérateur emblématique de la Nouvelle Vague.

Un monument du cinéma français

Avant le tournage, que représentait pour vous À bout de souffle ? « C'est un monument du cinéma français. Je ne l'avais pas vu, mais je connaissais son importance. Ma culture cinématographique est encore en construction », confie Matthieu Penchinat. La Nouvelle Vague tient une place importante dans cette construction ? « Je n'en connaissais pas bien les contours. J'ai découvert plein de cinéastes grâce au film, comme Jean Rouch. Mais paradoxalement, ma première expérience au cinéma en 2009, c'est Bellamy avec Claude Chabrol. C'était un émerveillement de chaque instant. J'étais encore à l'Ensad, l'École nationale supérieure d'art dramatique de Montpellier. Le tournage avait lieu à Nîmes, la ville où je suis né et où j'ai grandi. »

Une aventure incroyable

Comment avez-vous rejoint l'aventure du film de Richard Linklater ? « C'est une aventure incroyable. Il y a d'abord un copain qui a vu l'annonce sur Facebook qui m'a demandé de l'aider. J'ai accepté et il m'a dit qu'il y avait peut-être un rôle pour moi, je n'y croyais pas trop. J'ai fait un premier tour de casting, qui s'est plutôt bien passé. Et ensuite, à l'anniversaire d'un copain auquel je n'avais pas du tout envie d'aller, j'ai rencontré Guillaume Marbeck, qui joue Godard. Je lui ai dit que j'avais passé le casting, on a parlé du rôle. Il m'a donné des billes. On a commencé à jouer nos personnages, à faire les scènes qu'on avait en commun. Quand j'ai fait le deuxième tour du casting, j'ai retrouvé Guillaume. Ça m'a complètement libéré, on a fait la prise, c'était ce qu'ils voulaient, ce que je voulais. »

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Raoul Coutard, un rôle technique

Vous jouez un personnage très connu des cinéphiles, Raoul Coutard… « Raoul Coutard est devenu, après ce film, le chef opérateur emblématique de toute la Nouvelle Vague. C'est celui qui tient la caméra, qui cadre, qui fait la lumière… C'est un rôle technique très important. C'est lui qui construit l'image que le réalisateur a dans la tête. Sous l'impulsion de Godard, il a été très novateur dans la façon de filmer, de concevoir le travail, il a influencé toute une génération. Il y a entre eux deux une confiance absolue… J'ai lu une interview de Coutard âgé. Il dit que les autres avaient du talent et Godard avait du génie. C'est sur cette pensée que j'ai construit la relation entre les personnages, une espèce de confiance totale avec l'idée que même si je ne comprends pas pourquoi, je sais que c'est comme ça qu'il faut faire, que ça va être intéressant et qu'on va inventer autre chose. »

Travailler l'esprit du personnage

Les autres acteurs jouent des personnages qu'on connaît physiquement, Godard, Truffaut, Belmondo. Comment avez-vous travaillé pour incarner Coutard ? « J'ai travaillé l'esprit d'abord, j'ai lu son autobiographie. J'ai vu des interviews filmées pour repérer sa diction, sa manière de respirer, son attitude générale. Cela m'a été confirmé, c'était quelqu'un de très drôle. Coutard a réalisé trois films. Dans l'un d'eux, Hoa-Binh qui est tourné au Vietnam, il fait un petit caméo. Il achète un journal à un enfant qui s'en va avec la monnaie, du coup, il lui court après. Cela dure 20 secondes, mais je l'ai vu debout en train de bouger. Je m'en suis emparé et ça a tout libéré. »

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Un passé de clown utile

Votre passé de clown vous a aidé ? « Bien sûr. J'ai vu à la lecture du scénario que j'étais là très souvent, mais sans texte. Un des défis était de construire une présence très forte. C'est quand même la base du clown. Il fallait être très bon dans cette présence presque muette à côté de la folie de Godard et de Belmondo, qui sont toujours dans une forme d'agitation liée à leur travail. J'ai très vite existé en tant que contrepoint. J'ai travaillé sur cet ancrage, il est plus âgé que tous les autres. Dans le film, j'apparais comme un socle. Avec ces mots qui reviennent sans cesse, 'Moteur Raoul' et 'Ça tourne Jean-Luc'… Ce n'était pas écrit dans le scénario. Il n'y a que 'Moteur Raoul'. Mais je me suis dit que j'allais le titiller et lui répondre frontalement. J'aurais pu dire simplement 'Ça tourne' ou ne rien dire. J'ai trouvé ce petit truc comme si le personnage voulait dire, 'Je ne vais pas me laisser faire, j'existe'. »

Un éloge de la jeunesse

Au-delà de l'amour du cinéma, le film est aussi un éloge de la jeunesse… « Richard Linklater a eu ce talent incroyable de retranscrire la jeunesse avec l'idée brillante de ne prendre des acteurs inconnus, pour jouer des personnalités très connues aujourd'hui mais qui étaient inconnues à l'époque. Dans sa façon de filmer cette jeunesse qui se réunit autour d'un projet, il y a quelque chose d'universel qui parle à tout le monde. »

L'expérience cannoise

Comment avez-vous vécu la présentation au festival de Cannes ? « C'était extraordinaire, indescriptible. Il va me falloir une vie pour comprendre ce qui s'est passé. La seule évocation de Cannes me remplit d'émotion. Je peux dire que j'ai vu Quentin Tarantino rire à l'une de mes blagues ! »

Le film Nouvelle Vague est en salle au Sémaphore à Nîmes.