Le réalisateur Christian Pétron a exploré l'épave du Titanic à treize reprises au cours de sa carrière. Accompagné du biologiste Philippe Clédon, il livrera une conférence sur le navire ce lundi 27 avril, dès 18 heures, à l'hôtel de Paris à Saint-Tropez.
Une plongée dans les abysses
Coulé au cœur de l'océan depuis 114 ans, le Titanic continue de fasciner. De la tragédie historique au drame romantique, son naufrage a été médiatisé, scénarisé et mythifié. Plongée dans l'obscurité la plus totale, à 3.821 mètres sous la surface, cette épave reste un objet d'étude pour les chercheurs les plus expérimentés. « Descendre jusqu'au Titanic, c'est aussi difficile que d'effectuer une mission spatiale », compare Christian Pétron, habitué de ce voyage sous-marin. Au cours de son immense carrière, ce sous-marinier a effectué deux missions et treize explorations autour de l'ex-paquebot de la compagnie britannique White Star Line.
Une conférence exceptionnelle
Lors d'une conférence intitulée « Titanic, lumière dans les abysses », organisée ce lundi 27 avril à l'hôtel de Paris à Saint-Tropez, ce Savoyard d'origine, désormais résident à Cavalaire, dévoilera les trésors découverts lors de ses expéditions en août 1996 et 1998 à bord du Nautile, sous-marin de poche habité de l'Ifremer. Pour enrichir sa présentation, il sera épaulé par Philippe Clédon, biologiste marin et président de l'association Sciences-Nature-Art-Méditerranée (Snam), à l'initiative de cette réunion scientifique, accessible gratuitement au public. Des images du paquebot surnommé « L'insubmersible » seront projetées dans la salle, offrant une courte escapade virtuelle au public.
Des images inédites
Christian Pétron se souvient : « Ce sont les vidéos que j'ai réalisées pour la chaîne américaine Discovery Channel quand j'étais directeur technique de la campagne d'exploration », contextualise-t-il, toujours émerveillé par cette expérience 30 ans plus tard. Grâce à cette mission, le réalisateur français a tourné quatre films, tous diffusés sur le petit écran. Certains offraient des angles de vue inédits dans les années quatre-vingt-dix : « Avec le système d'éclairage que j'avais mis en place, nous avons pu illuminer l'arrière du bateau qui se situe à 600 mètres de l'avant. Au départ, les premiers documentaristes filmaient seulement la première partie et sa fameuse proue. » Une véritable prouesse technologique saluée par ses pairs, mais également par le réalisateur canadien James Cameron, qui produisait à la même époque l'un des plus gros succès du box-office mondial. « Il a été scotché par mes réalisations et souhaitait les racheter pour Titanic. Malheureusement, Discovery Channel n'a pas accepté de lui vendre les images, rembobine-t-il. Il était tellement passionné par ma méthode qu'il est venu me rencontrer dans les bureaux de mon ancienne société Cinémarine à La Garde. »
Un lien avec Paul-Henri Nargeolet
Pendant cette grande aventure, Christian Pétron a aussi entretenu d'excellentes relations avec l'explorateur français et grand spécialiste de l'épave, Paul-Henri Nargeolet, décédé tragiquement dans l'accident du submersible Titan le 18 juin 2023. « Nous étions liés depuis notre jeunesse, au moment de nos classes dans la Marine nationale. C'est lui qui m'a poussé à postuler à l'appel d'offres de la chaîne américaine. Sans ses conseils, je n'aurais peut-être pas vécu ces incroyables expéditions », reconnaît-il dans un élan de nostalgie.
Un diagnostic de l'épave
Pour élucider davantage les nombreux mystères qui entourent le Titanic, le biologiste Philippe Clédon répondra à deux questions, dont l'une sur la recherche des corps des passagers. « Pendant ma première plongée, je suis tombé face à une paire de chaussures. Les deux souliers étaient côte à côte mais il n'y avait aucune trace de leur propriétaire. C'était une scène extrêmement émouvante et je ne pouvais pas décrocher mon regard du hublot », revisualise le plongeur avant de laisser la parole au scientifique. Ce dernier décortiquera le principe de la biochimie marine abyssale : « Aucun corps n'a été retrouvé en 40 ans de recherches et c'est tout à fait normal ! Ils reposent en dessous d'un certain seuil, où la décomposition est différente. » La carcasse du navire sera aussi scrutée par les deux amis pour offrir une étude globale du sujet. « Il est complètement rongé par de nombreux micro-organismes. Sa dégradation s'accélère et son effondrement total est prévu dans les 30 prochaines années », date Philippe Clédon. Pour le président de la Snam, cette conférence permettra de mettre en lumière une animation de son association qui chapeaute aussi le festival Passion Méditerranée à Cavalaire-sur-Mer.
Le fabuleux destin de Christian Pétron
Avec ses multiples aventures en mer comme sur terre, il pourrait devenir le héros de son propre film. À 82 ans, Christian Pétron conserve toujours un amour inconditionnel pour son métier. Il apprécie partager ses anecdotes avec ses amis et admirateurs. Avant ses explorations du Titanic, ce Savoyard, qui a vécu plusieurs années au Pradet, s'est d'abord engagé dans la Marine nationale, où il a suivi une formation spécialisée dans les sous-marins. Amoureux de la photographie et de la technologie, il ouvre en 1975 sa société pour filmer le monde marin. Sept ans plus tard, ses premiers reportages animaliers sont diffusés sur TF1 dans l'émission « Les animaux du monde ». Son travail est immédiatement remarqué par les grands réalisateurs. Il collabore notamment avec Luc Besson qui le nomme directeur de la photographie sous-marine pour « Le Grand Bleu » en 1988 et « Atlantis » en 1991.



