TéléObs • myCanal « Les Frères Sisters » : le western à vif de Jacques Audiard. Critique. Entre ruée vers l’or et quête intime, Joaquin Phoenix et John C. Reilly incarnent des tueurs traversés de doutes. Ce soir à 22h50 sur Ciné+ Frisson et disponible à la demande sur myCANAL. Par François Forestier. Publié le 23 avril 2026 à 17h30. Lecture : 1 min.
Ils sont comme la peste. Leur réputation les précède, en vagues noires. Dans un Far West abandonné de Dieu, ravagé par les hommes, Eli et Charlie Sisters traquent, chassent, retrouvent et flinguent leurs proies, selon les ordres du Commodore, un boss qui tient du Dr. Mabuse et de Don Corleone. Dans des paysages balayés par la légende américaine, Jacques Audiard s’empare du mythe du western et suit à la trace les frangins. Dans ces salauds barbares, malgré tout, il trouve des indices d’humanité, et c’est justement ce qui fait des « Frères Sisters » un grand film.
La vibration entre les êtres
Tout commence à Oregon City. L’aîné, Eli (John C. Reilly), râle car son petit frère (Joaquin Phoenix) a pris la direction des opérations. Chemin faisant vers San Francisco, les brothers se réconcilient dans le sang. Ils cherchent à mettre la main sur Hermann Warm, un chimiste qui a trouvé une mixture permettant de filtrer l’or des rivières. Ils foutent le feu à une ville, bastonnent des vachers, tuent des fâcheux, s’en prennent à une patronne de bordel, bref, font le job. Eli tombe en amitié avec un cheval borgne et demande à une pute de lui jouer la comédie de l’amour, tandis que Charlie se ronge le foie à coups de verres de tord-boyaux. Peu à peu, le rapport de pouvoir s’inverse – et c’est ce qui intéresse Audiard, cinéaste des flux d’amour et de désamour, comme jadis Cassavetes.
Dans « Regarde les hommes tomber » (1994) ou dans « Un prophète » (2009), ce qui compte, c’est la vibration entre les êtres. Dans « les Frères Sisters », la ruée vers l’or cache une quête, violente, celle d’une identité impossible, d’une dignité fantomatique. Tiré du roman de Patrick deWitt, auteur canadien, le film précipite les personnages vers une fin décapante, où les comptes sont réglés, les péchés dilués, les corps tronqués. Jacques Audiard s’éloigne (avec raison) du western américain comme du western spaghetti. Il trace un chemin élégant, sans Indiens, sans diligence, sans fille du shérif. Avec Eli et Charlie Sisters, il se fraie la route vers le paradis, à coups de revolver.
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◗ Jeudi 23 avril à 22h50 sur Ciné+ Frisson. Western de Jacques Audiard (2018). Avec John C. Reilly, Joaquin Phoenix. 1h57. (Disponible à la demande sur myCANAL). Par François Forestier.



