Un retour attendu depuis vingt ans
En 2006, la comédie vacharde Le Diable s'habille en Prada de David Frankel décrivait l'univers de la mode avec une férocité réjouissante. La tyrannique Miranda, son bras droit résigné et ses ex-assistantes avaient réuni plus de 326 millions de dollars au box-office international. De quoi donner envie d'envisager une suite tout en prenant son temps puisqu'il a fallu attendre vingt ans pour l'obtenir.
Meryl Streep, Anne Hathaway, Emily Blunt et Stanley Tucci retrouvent leurs rôles tandis que le magazine fictif Runway est toujours en circulation. Si le premier volet puisait directement dans le roman de Lauren Weisberger, un scénario original a été écrit par Aline Brosh McKenna, à qui on devait déjà celui de Cruella, pour ce second opus. Était-il possible de retrouver la magie du premier opus ? 20 Minutes s'est penché sur la question.
La presse en danger
Le trône de patronne de magazine de Miranda (Meryl Streep) vacille car Runway ne s'achète plus. Andy (Anne Hathaway), devenue une journaliste primée, vient de se faire virer de son journal sans le moindre ménagement. Toutes deux vont bien être contraintes de faire cause commune pour se tirer d'affaires. La presse va mal et le film prend le parti de la défendre à l'écran. Dans la vraie vie, ce n'est pas tout à fait la même chose. Les stars ont limité leurs apparitions et interviews au strict minimum. On les remercie tout de même pour ce coup de pouce cinématographique envers notre profession.
Une méchanceté tempérée
Les temps ont changé. Miranda, la patronne infernale, a mis de l'eau dans son cocktail. Elle est toujours méchante car il s'agit de son fonds de commerce. Elle ne peut pourtant plus être aussi vacharde qu'en 2006. En vingt ans, son personnage est devenu iconique pour son mordant mais, et c'est la rançon de la gloire, il ne peut plus être aussi dur en 2026. La souffrance au travail est mieux prise en considération de nos jours et son attitude odieuse ne passerait plus. Elle doit garder une certaine humanité pour ne pas devenir trop détestable même si c'est au détriment de l'identité de la saga.
Des interprètes au top
Évidemment, l'atout majeur du Diable s'habille en Prada 2, ce sont ses interprètes. Meryl Streep est impériale. Sa beauté et son intelligence emportent le morceau à chacune de ses apparitions. Elle est tout simplement sublime. Et ses partenaires parviennent à exister en gravitant autour d'elle. Anne Hathaway vibre d'énergie, Emily Blunt a les dents qui rayent les podiums et Stanley Tucci est onctueux à souhait. Ils ravissent les fans par leurs seules présences parce qu'on sent qu'ils se régalent à en faire des caisses. On les aime aussi pour ça.
Une affaire de sororité
La mode est toujours au centre de cette suite. C'est même sans doute l'une des raisons pour laquelle Le Diable s'habille en Prada est aussi populaire depuis deux décennies. David Frankel en met plein la vue. Ces dames changent de tenues à quasiment tous les plans et il faut bien reconnaître que la plupart de leurs looks seraient difficilement sortables dans la vie courante (la tête des collègues du bureau et des usagers du métro). Belles étoffes et designs ébouriffants sont portés par les actrices avec une classe absolue. C'est à cela qu'on voit la différence entre une star et soi : on se prendrait les pieds dans sa jupe au bout de trois pas.
Les rapports entre les femmes ont changé - ou du moins on se plaît à l'espérer - et le film se veut le reflet de cette évolution. Un dénouement en ce sens fleure bon l'air du temps. On peut regretter la méchanceté du premier opus ou se réjouir que l'évolution des relations féminines soit montrée avec davantage de bienveillance. Le Diable a gardé son élégance, mais il révèle une certaine forme de fragilité. Il ne semble cependant pas vraiment indispensable de le faire revenir une troisième fois.



