Javier Bardem : « Nul n’est à l’abri des conséquences de ses actes »
Javier Bardem : « Nul n’est à l’abri des conséquences »

Javier Bardem : « Aujourd’hui, tout le monde est conscient que nul n’est à l’abri des conséquences de ses actes »

Impressionnant en réalisateur irascible dans L’Être aimé, en compétition à Cannes, l’acteur, qui se partage entre Hollywood et Madrid, ne décolère pas au sujet de Gaza, Trump et autres dérives antidémocratiques. Propos recueillis par Nicolas Schaller.

Javier Bardem serait-il le plus fluide des mâles alpha ? Parangon de puissance virile, il n’a de cesse d’en incarner les excès, fragilités et failles béantes, de compositions baroques (le tueur de No Country for Old Men, qui lui valut un oscar) en rôles terrassant de naturel (le paraplégique de Mar adentro, coupe Volpi à Venise). Celui d’Esteban Martínez dans L’Être aimé, cinéaste autoritaire et reconnu mondialement, de retour en Espagne pour faire tourner sa fille, actrice, qu’il n’a pas vue depuis treize ans, entre dans la seconde catégorie.

Une fois de plus impressionnant, Bardem concourt grâce au film de Rodrigo Sorogoyen pour un nouveau prix d’interprétation à Cannes (après celui pour Biutiful, en 2010), ce qui préoccupe moins l’acteur espagnol, issu d’une famille d’artistes antifranquistes, que les abus de pouvoir, le sort des Palestiniens et la montée des populismes. Dans un entretien exclusif, il revient sur son engagement politique et son rapport à la célébrité.

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Un acteur engagé

« Aujourd’hui, tout le monde est conscient que nul n’est à l’abri des conséquences de ses actes », déclare Bardem, faisant référence aux récentes tensions géopolitiques. Il dénonce notamment la situation à Gaza, qu’il qualifie de « catastrophe humanitaire », et critique vivement les politiques de Donald Trump, qu’il accuse de « diviser les peuples ». Pour lui, le cinéma doit être un vecteur de réflexion et de résistance.

L’acteur, qui a grandi dans une famille marquée par l’antifranquisme, estime que les artistes ont un devoir de vigilance face aux dérives autoritaires. « Nous devons utiliser notre voix pour ceux qui n’en ont pas », insiste-t-il. Son personnage dans L’Être aimé, un réalisateur tyrannique, est pour lui une métaphore des abus de pouvoir dans l’industrie du cinéma et au-delà.

Un retour aux sources

Tourné en Espagne, L’Être aimé marque un retour aux racines pour Bardem, qui vit entre Madrid et Los Angeles. Le film explore les relations familiales complexes et la transmission artistique. « C’est une histoire universelle sur la paternité et la création », explique-t-il. La performance de l’acteur, tout en retenue, a été saluée par la critique cannoise.

Interrogé sur ses projets futurs, Bardem évoque un biopic sur un artiste espagnol et une collaboration avec un réalisateur français. Mais pour l’heure, il savoure sa sélection cannoise et les échanges avec le public. « Cannes reste un lieu unique pour célébrer le cinéma et les idées », conclut-il.

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