Ce samedi 23 mai 2026, le Festival de Cannes a couronné le réalisateur roumain Cristian Mungiu de sa deuxième Palme d'or pour son drame « Fjord ». Déjà primé en 2007 avec « 4 mois, 3 semaines, 2 jours », Mungiu rejoint le cercle très fermé des dix cinéastes ayant obtenu deux fois la récompense suprême, aux côtés de Francis Ford Coppola, des frères Dardenne ou de Ken Loach. Aucun réalisateur n'en a encore remporté trois.
Un film sur la radicalité et la tolérance
« Fjord », qui sortira en salles le 19 août, raconte l'histoire d'un couple s'installant au bord d'un fjord norvégien. Leurs cinq enfants, issus d'une famille protestante ultra-pratiquante, révèlent aux services de protection de l'enfance qu'ils reçoivent régulièrement des fessées. Le film interroge les dangers de la radicalité, quelles que soient les idéologies. Mungiu a déclaré que son œuvre est « un engagement contre toute forme d'intégrisme » et porte « un message pour la tolérance, l'inclusion, l'empathie ».
Les autres grands gagnants de la soirée
Le Grand Prix du jury a été attribué à « Minotaure » du Russe Andreï Zviaguintsev, un remake de « La Femme infidèle » de Claude Chabrol, situé dans le contexte de l'invasion de l'Ukraine. Zviaguintsev, déjà récompensé trois fois à Cannes, a réalisé un thriller glaçant dénonçant la guerre et la mobilisation forcée. Exilé en France, il s'est adressé directement à Vladimir Poutine : « Des millions de gens ne rêvent que d'une chose : que les massacres cessent. Mettez fin à ce carnage, le monde entier attend cela. »
Prix d'interprétation ex æquo
Le jury présidé par Park Chan-wook a décerné six prix pour trois catégories, avec des ex æquo. Les prix d'interprétation féminine ont été remis à Virginie Efira et Tao Okamoto pour leurs rôles dans « Soudain » de Ryusuke Hamaguchi. Efira, déjà césarisée en 2023, a remercié l'équipe du film, évoquant « le tournage où j'ai senti le plus le collectif ». Les prix d'interprétation masculine sont allés à Emmanuel Macchia et Valentin Campagne pour « Coward » de Lukas Dhont, où ils incarnent des soldats amoureux dans les tranchées de la Première Guerre mondiale. Macchia a espéré que le film aiderait les jeunes à s'accepter.
Prix de la mise en scène et du scénario
Le prix de la mise en scène a été partagé entre « La Bola Negra » des Espagnols Javier Calvo et Javier Ambrossi, fresque sur l'homophobie à travers trois époques, et « Fatherland » de Pawel Pawlikowski, récit du retour de l'écrivain Thomas Mann dans une Allemagne divisée en 1949. Le Prix du jury est revenu à « L'Aventure rêvée » de Valeska Grisebach, plongée dans la mafia bulgare. Le Prix du scénario a été décerné à Emmanuel Marre pour « Notre Salut », inspiré de la vie de son arrière-grand-père sous le régime de Vichy. Marre a dénoncé « ces petits chefs qui excluent, bombardent et génocident ».
Une cérémonie politique et inclusive
La maîtresse de cérémonie Eye Haïdara a ouvert la soirée en évoquant les débats autour de la tribune « Zapper Bolloré », avant de laisser la parole aux films. Plusieurs intervenants ont tenu des discours pacifistes : Gael Garcia Bernal a ironisé sur son français et la situation géopolitique, Nadine Labaki a pensé au Liban, Xavier Dolan a cité Mahmoud Darwich, et Tilda Swinton a prôné la compassion dans un monde violent. La soirée a ainsi conjugué cinéma et engagement politique.



