Documentaire sur Yvan Colonna : une tragédie corse décryptée à Canneseries
Colonna, une tragédie corse : le documentaire présenté à Canneseries

Un an après le succès de la série Plaine Orientale de Pierre Leccia sur Canal+, la Corse est de nouveau à l'honneur à Canneseries, le festival cannois qui se déroule sur la Croisette jusqu'au 28 avril. Agnès Pizzini, réalisatrice de la série documentaire remarquée L'affaire d'Outreau, et Ariane Chemin, ancienne journaliste au Monde, ont présenté leur dernier projet : Colonna, une tragédie corse, une série documentaire de trois épisodes en compétition.

Un regard croisé sur la Corse et Paris

À travers le prisme d'Yvan Colonna, militant indépendantiste condamné pour l'assassinat du préfet Claude Erignac en 1998 à Ajaccio, et lui-même assassiné en prison en 2022, les deux autrices entendent « raconter à la fois la société corse mais aussi cette incompréhension qui s'est installée pendant presque 50 ans entre Paris et la Corse », explique Ariane Chemin. « On ne voulait pas avoir un regard parisien sur la Corse, ni un regard corse, on voulait mêler les deux points de vue. C'était ça, la gageure du film. On voulait interroger ce rapport compliqué d'un état très Jacobin quand même et d'une Corse très méfiante. »

Un travail de deux ans et demi

La série se découpe en trois chapitres : le militant, le coupable, le symbole. Elle retrace l'histoire d'Yvan Colonna et le combat politique mené par les indépendantistes puis les autonomistes en Corse. Les intervenants sont nombreux et prestigieux, parmi lesquels Nicolas Sarkozy et Bernard Squarcini, ancien patron de la DCRI. « C'était un personnage assez complexe et qu'on connaissait très mal », confesse Agnès Pizzini. « L'enjeu était d'arriver à essayer de cerner un peu qui il était. Et donc, d'approcher ses parents, sa famille, ses amis, ses amis de lutte. »

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Le documentaire permet de mieux comprendre l'impact de l'attentat contre le préfet Erignac et de la mort de Colonna en détention. « Sa mort en prison fait de lui un martyr et un héros alors qu'il avait plutôt été pointé du doigt en 1998 », analyse Ariane Chemin. « Quand son père - lui qui est un républicain, qui a été député - dit que c'est en voyant à l'enterrement d'Yvan toute cette foule devant l'église, qu'il comprend que la Corse dont lui parlait son fils existe réellement... C'est la notion de peuple corse. Et aujourd'hui, dans une Corse où les autonomistes sont majoritaires, ça dit beaucoup de choses. »

La culpabilité de Colonna non discutée

Le documentaire ne justifie pas la mort du préfet, et la culpabilité de Colonna n'y est pas remise en cause. La famille Erignac n'a pas souhaité participer au projet. « Pour comprendre Erignac, il fallait remonter l'histoire, comprendre ce qu'est l'engagement politique en Corse », précise Agnès Pizzini. La réalisatrice était animée par une passion didactique : « Je voulais que tout soit clair et compréhensible pour tout le monde, c'est quelque chose qui m'obsède et Dieu sait que cette histoire corse est compliquée, il y avait moyen de se perdre. On a voulu rester dans un équilibre de la parole. »

La mort d'Yvan Colonna a ouvert la porte à une liberté de parole. « C'était le moment où on a senti que les gens avaient envie de parler », conclut Pizzini. La diffusion sur France 2 est attendue courant 2026.

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