Christophe Gans dévoile les secrets de Retour à Silent Hill, un reboot ambitieux
Christophe Gans révèle les coulisses de Retour à Silent Hill

Christophe Gans dévoile les secrets de Retour à Silent Hill, un reboot ambitieux

Vingt ans après la sortie du premier film Silent Hill, le réalisateur Christophe Gans revient avec Retour à Silent Hill, un projet longuement mûri. Entre-temps, Gans a développé plusieurs adaptations qui n'ont jamais abouti, comme celles des bandes dessinées Rahan et Corto Maltese, ou des reprises de Fantômas et Tarzan. Il a néanmoins réalisé une somptueuse version de La Belle et la Bête avant de se lancer dans cette nouvelle aventure avec la coscénariste Sandra Vo-Anh.

Un projet initial repensé

Dans une interview exclusive, Christophe Gans révèle que son intention initiale en 2006 était d'adapter le deuxième jeu de la série, considéré comme le meilleur. « C'était mon projet initial, mais il est très difficile à adapter : la narration est entièrement subjective, plongeant dans la tête du personnage principal », explique-t-il. À l'époque, il a opté pour le premier jeu, plus accessible, qui a rencontré un succès mondial.

Le cinéma d'horreur a depuis évolué, avec des films comme Hérédité ou Midsommar qui ont élevé les standards. Gans a alors estimé que le moment était venu pour Silent Hill 2. Après la mort du producteur Samuel Hadida, il a collaboré avec son frère Victor pour lancer Retour à Silent Hill, présenté comme un reboot plutôt qu'une suite directe.

Éviter la répétition

La plus grande crainte de Gans était de se répéter. « Je ne voulais surtout pas que les spectateurs aient l'impression que je leur ressers la même soupe vingt ans plus tard », confie-t-il. Pour cela, il a abandonné le style opératique du premier film, avec ses mouvements de grue amples, au profit de plans caméra à l'épaule et de vues aériennes au drone, créant un rendu organique et tumultueux.

Le tournage s'est déroulé en Serbie, inspiré par le cinéma d'Europe de l'Est et son surréalisme. « Ce changement de cadre m'a naturellement poussé vers le cinéma d'Europe de l'Est, très porté sur le surréalisme et le brutalisme », note Gans, citant La Belle et la Bête de Juraj Herz comme référence.

Des créatures tangibles et symboliques

La conception des créatures a été un défi majeur. Dans le jeu original, elles étaient souvent abstraites, renforçant leur caractère dérangeant. Pour le film, Gans a fait appel au designer Patrick Tatopoulos, connu pour Stargate et Independence Day. Contrairement au premier film, où les créatures contribuaient simplement au malaise, elles symbolisent ici le calvaire de Mary, la jeune femme aimée par le héros.

« Elles sont volontairement sexualisées, en équilibre entre la répulsion et la fascination », précise Gans. Sauf Pyramid Head, qui représente un double monstrueux du protagoniste. Pour préserver leur matérialité, Gans a évité les images de synthèse, optant pour des acteurs, acrobates et danseuses. « Si j'avais utilisé principalement des images de synthèse, j'aurais perdu cette tangibilité », explique-t-il.

Décors hybrides et techniques innovantes

Le film compte soixante-sept décors différents, majoritairement construits en dur et prolongés numériquement. Gans a également utilisé le virtual set, une technique où les acteurs évoluent devant des écrans HD projetant les arrière-plans. « Quand les écrans sont éteints, nous sommes dans un décor minimaliste. Mais lorsqu'on les allume, l'illusion est parfaite », décrit-il.

Cette approche, économique et inspirée des studios hollywoodiens des années 1940, permet de mêler primitif et haute technologie. « L'essence même du cinéma, c'est d'avoir un pied dans le primitif et un autre dans la haute technologie », affirme Gans, citant David Lynch en exemple.

Une liberté créative préservée

Gans a bénéficié d'une grande liberté, grâce à une coproduction indépendante anglo-allemande et un budget raisonnable de 23 millions d'euros. « Il n'y a pas un studio américain derrière moi », souligne-t-il. Les distributeurs américains ont accepté le film sans modification, estimant qu'il fidéliserait les fans du jeu.

Le film sortira dans quatre-vingts territoires, dont la Chine et la Russie. En France, il fait face à Marsupilami, une contre-programmation jugée bénéfique par Gans. Retour à Silent Hill, avec Jeremy Irvine et Hannah Emily Anderson, promet une expérience horrifique renouvelée, mêlant tradition et innovation.