Bad Bunny au Super Bowl : un show politique pour redéfinir l'identité américaine
Bad Bunny au Super Bowl : un show politique pour l'Amérique

Un concert historique chargé de symboles politiques

Cela allait de soi : le spectacle de la mi-temps du Super Bowl était destiné à figurer parmi les plus scrutés de l'histoire. Bad Bunny, la superstar portoricaine actuellement l'artiste le plus écouté au monde, devenue figure de proue de l'anti-trumpisme depuis son discours aux Grammy Awards, avait une double mission. Premièrement, assurer un divertissement de qualité. Deuxièmement, transmettre un message politique à Donald Trump et à la sphère Maga, qui organisaient simultanément leur contre-concert.

Une célébration de la culture portoricaine

Bad Bunny avait promis une « énorme fête » et, à ce niveau, il n'a pas déçu. Face aux esclandres trumpiennes, l'artiste a offert un spectacle plus subtil mais extrêmement riche en symboles. La pelouse du Levi's Stadium de Santa Clara, en Californie, a résonné des grands titres de sa carrière : « Tití Me Preguntó », « Yo Perreo Sola », « Safaera », « Voy a Llevarte Pa'PR », « Monaco », « BAILE INoLVIDABLE » et « NUEVAYoL ».

Le concert s'est ouvert sur des champs de canne à sucre caribéens, créant immédiatement une atmosphère portoricaine. Tout de blanc vêtu, équipé d'un maillot de football siglé 64 et floqué Ocasio, Bad Bunny a proposé une immersion complète dans la culture de son île natale. Entre stands de « coco frio » et de « piraguas », et parties de dominos, il a réalisé exactement ce que Donald Trump redoutait : une célébration vibrante de la culture latino-américaine sur la plus grande scène américaine.

Un message d'unité à travers les célébrités

Le roi mondial du reggaeton n'a pas seulement fait danser le public, il a également entraîné dans sa chorégraphie des vedettes soigneusement sélectionnées. Derrière les danseuses sont apparus, pêle-mêle, les acteurs Pedro Pascal et Jessica Alba, le joueur de base-ball Ronald Acuña Jr., la rappeuse Cardi B ainsi que les chanteuses Karol G et Young Miko. Bad Bunny s'est également offert les services de Ricky Martin pour interpréter « Lo Que Le Pasó a Hawái ».

Avec ce déferlement de stars latinos et américaines, le message était limpide : l'identité américaine est fondamentalement plurielle et diverse. Chaque apparition renforçait cette vision d'une nation multiculturelle où les différentes communautés coexistent et s'enrichissent mutuellement.

Les moments politiques les plus marquants

Ce spectacle était également une tribune politique à part entière. Le moment le plus poignant est survenu lorsque le chanteur a remis un Grammy Award à un petit garçon. Internet s'est immédiatement enflammé, certains spéculant qu'il s'agissait de Liam Ramos, l'enfant de 5 ans arrêté par l'ICE en janvier à Minneapolis. Bien qu'il s'agisse en réalité d'un jeune acteur, la ressemblance était troublante et l'évocation parfaitement claire.

Une critique subtile de la gestion de Porto Rico

Par la suite, perché sur des structures électriques, Bad Bunny a entonné « El Apagón » en brandissant fièrement le drapeau portoricain. Cette mise en scène faisait directement référence aux coupures de courant qui frappent Porto Rico depuis l'ouragan Maria en 2017. À l'époque, Donald Trump, alors dans son premier mandat, avait minimisé la catastrophe, affirmant que ce n'était pas une « véritable catastrophe ».

Le président avait même distribué des rouleaux de serviettes en papier aux habitants dévastés, déclarant : « Je déteste devoir vous dire ça, mais vous avez mis notre budget un peu hors de contrôle parce que nous avons dépensé beaucoup d'argent à Porto Rico. » Bad Bunny, par ce simple geste scénique, rappelait cette gestion controversée sans prononcer un seul mot de critique directe.

L'inclusion de Lady Gaga et le message final

Dans cette célébration de la culture latino, Bad Bunny n'a pas pour autant oublié les États-Unis, rappelant les liens forts qui unissent les différentes communautés. Lady Gaga, seconde invitée de marque, a interprété son tube de 2024, « Die With a Smile », en anglais mais revisité en version salsa, créant une fusion culturelle significative.

Au terme de ce spectacle spectaculaire, un immense panneau publicitaire derrière Bad Bunny proclamait : « THE ONLY THING MORE POWERFUL THAN HATE IS LOVE » (« la seule chose plus forte que la haine est l'amour »). Sur le ballon de football américain qu'il tenait à la main, on pouvait lire : « Together we are America ».

Une redéfinition de l'identité américaine

Pour que le message soit définitivement clair, la conclusion a montré l'artiste au milieu d'une foule de drapeaux : Chili, Argentine, Bolivie, Pérou, Nicaragua, Venezuela, Paraguay, Brésil, Canada… Et, parmi eux, le drapeau américain. Bad Bunny redessine ainsi les frontières de cette identité américaine, une identité multiple et pourtant unie, espère l'artiste, dans l'amour de l'autre.

Aucun discours frontal envers Donald Trump n'était nécessaire : ce set dense a été suffisamment riche en symboles pour faire passer le message, que le destinataire, absent sur place, a parfaitement reçu. « Le spectacle de la mi-temps du Super Bowl est absolument horrible, l'un des pires de tous les temps ! », a écrit Donald Trump sur son réseau Truth Social, dénonçant une « insulte à la grandeur de l'Amérique ».

Deux visions de l'Amérique s'affrontent

Au même moment, l'organisation Turning Point USA organisait un contre-spectacle empli de musique country, qui a réuni jusqu'à six millions de personnes sur YouTube. Cette opposition cristallise le clivage actuel : une Amérique repliée sur elle-même face à une Amérique qui, par la voix d'un Portoricain, célèbre la richesse des cultures qui la composent.

Bad Bunny a transformé la plus grande scène sportive américaine en plateforme politique, démontrant que le divertissement peut véhiculer des messages profonds sur l'identité nationale, l'inclusion et la diversité. Son spectacle restera dans les annales non seulement pour sa qualité artistique, mais aussi pour sa portée symbolique dans le contexte politique américain contemporain.