Sidonie Bonnec a rencontré Jessica (Lille), Oumy (Casamance, Sénégal) et Suma (Katmandou, Népal), trois sages-femmes aux parcours très différents, pour son documentaire Si j'étais sage-femme, diffusé ce mardi à 21h05 sur France 5. Elle s'est également rendue au Guatemala pour filmer des comadronas, accoucheuses traditionnelles mayas. Le film met en lumière leur passion commune et leurs sacrifices quotidiens, malgré des cultures et conditions de travail très éloignées.
Un métier méconnu et un manque criant de professionnelles
Interrogée par nos soins, Sidonie Bonnec explique pourquoi elle s'est intéressée à cette profession : « C'est une profession qu'on connaît tous et pourtant, on ne connaît pas la réalité de ce métier. On ne sait pas forcément qu'il manque environ 900 000 sages-femmes dans le monde qui permettraient de sauver plusieurs millions de femmes et d'enfants. » Elle souligne que les sages-femmes interviennent bien avant, pendant et après l'accouchement, et sont souvent en première ligne, notamment dans les pays où ce sont elles qui pratiquent les accouchements, et non des obstétriciens.
Quatre pays, quatre réalités
Le choix des lieux de tournage répond à des contextes spécifiques. Au Sénégal, le gouvernement a créé de nombreux postes de santé pour qu'aucune sage-femme ne soit à plus de deux heures d'un village, réduisant de 50 % la mortalité féminine en dix ans. Au Népal, la profession émerge grâce à un programme gouvernemental soutenu par des médecins et des sages-femmes, dont Suma fait partie, portant l'émancipation des femmes. Au Guatemala, les comadronas perpétuent la culture maya : 40 % de la population est indigène et ces femmes souhaitent accoucher avec des méthodes ancestrales, tout en étant en lien avec des infirmières en cas d'urgence. En France, Jessica exerce dans une grande maternité multi-équipée, où son rôle est d'apporter douceur et accompagnement à chaque patiente.
Des tournages parfois complexes
Le tournage au Guatemala a été le plus difficile, selon Sidonie Bonnec. « Maria-Graciela est comadrona depuis cinquante ans, elle a un très gros caractère et elle est très prise. Pendant la cérémonie du feu, je ne comprenais pas tout ce qu'elle voulait et elle n'avait pas vraiment la patience de m'expliquer. » Les problèmes de route et le coût élevé des déplacements compliquent l'accès aux soins pour les femmes enceintes. « C'est très cher, la route est dangereuse. Pour une femme enceinte, vous imaginez ? »
Un regard sans jugement sur les traditions
La journaliste reconnaît qu'il est difficile de se défaire de ses propres références. « Quand on voit, par exemple, des massages de bébés au Sénégal, qui sont quand même très sportifs, ça se voit que je suis un peu sidérée. » Elle insiste sur son respect des traditions : « Je ne juge pas, j'observe. Ce que j'ai ressenti dans ce documentaire, c'est qu'il y a une solidarité, un lien puissant entre toutes ces femmes. Les sages-femmes s'adaptent aux besoins des femmes dans chaque pays, à leur culture. »
Des rencontres bouleversantes
Parmi les sages-femmes, Oumy l'a particulièrement touchée : « Elle ne voit ses enfants que tous les deux-trois mois, peut être réveillée jour et nuit. Elle travaille pour les femmes et ne veut en laisser aucune mourir. Elle dégage de la force, du courage. » Suma, 23 ans, est une « patronne » dans les couloirs de la maternité. Jessica, à Lille, est un « soleil » malgré des gardes de douze heures exténuantes. Sidonie Bonnec les qualifie de « flamboyantes ».
L'avenir des Maternelles et ses projets personnels
Ancienne présentatrice des Maternelles en 2015, Sidonie Bonnec se réjouit du retour de l'émission sur France 2 en hebdomadaire à la rentrée. « C'est une émission dont on a besoin. On a hautement besoin de conseils. Je trouve qu'on ne sait jamais assez comment élever nos enfants. » Par ailleurs, elle publiera son deuxième roman, La femme effacée, le 2 septembre, après le succès de La fille au pair (Albin Michel, 2025), traduit dans le monde entier. « J'écris des thrillers psychologiques, j'adore être en immersion dans la peau de mes personnages. »



