Mougins, un village métamorphosé en théâtre à ciel ouvert
Depuis quelques semaines et jusqu'au 1er novembre 2026, le village de Mougins se pare d'une atmosphère onirique grâce à l'installation d'une trentaine de sculptures en bronze de l'artiste britannique Beth Carter. Ces œuvres, disséminées dans les ruelles, transforment l'espace public en un labyrinthe vivant peuplé de créatures mythologiques où l'humain et l'animal s'entrelacent de manière poétique.
Un bestiaire décalé au cœur des venelles
Au détour d'une venelle, le visiteur peut croiser un roi songeur, un clown plongé dans ses pensées ou un enfant couronné au regard lointain. Mais ce sont surtout les minotaures qui captent l'attention, omniprésents dans ce parcours artistique. Ces statues, faisant partie de l'édition 2026 de Mougins Monumental, succèdent aux installations d'Emmanuel Michel en 2025, de Gabriël Sterk en 2023 et de Davide Rivalta en 2020.
Beth Carter, née en 1968, façonne depuis plus de trente ans un univers unique où les corps humains portent des têtes animales, évoquant des enfants qui n'auraient jamais retiré leur costume de déguisement. Ses sculptures, loin d'être figées, penchent, doutent et rêvent, installant une ritournelle dissonante dans ce bestiaire décalé.
Les minotaures, symboles de fragilité masculine
Dans le dédale du village, les minotaures de Beth Carter s'imposent avec une sensibilité inattendue. Contrairement à la figure brutale de la mythologie grecque, où l'homme à tête de taureau est banni et enfermé dans un labyrinthe, ces créations semblent à fleur de peau. L'artiste explique : « Je ne savais pas pourquoi je fabriquais des minotaures depuis des années. Et j'ai réalisé que c'était juste le symbole de mon père, un personnage complexe qui souffrait de dépression. Le Minotaure représente à la fois le pouvoir masculin et sa fragilité. »
Un minotaure se tient la corne, comme pris dans une réflexion existentielle, un autre baisse la tête, presque honteux. Tous semblent se questionner sur leur identité. L'un d'eux ose même défier le regard de la statue de Pablo Picasso sur la place des Patriotes, créant un face-à-face évocateur pour l'artiste, qui avait déjà participé au 50ᵉ anniversaire de la mort du maître à Mougins.
Un processus de création intimiste et ancestral
Avant de devenir ces présences massives qui ponctuent les ruelles, les sculptures de Beth Carter naissent d'un processus créatif méticuleux. Tout commence par une intuition, suivie de la construction d'une armature en acier. L'artiste modèle ensuite l'argile, laissant les figures évoluer et muter jusqu'à trouver leur juste tension. « Je n'arrive presque jamais à ce que j'avais imaginé au départ », confie-t-elle.
La sculpture est ensuite moulée en silicone et envoyée dans une fonderie du sud-ouest de l'Angleterre, où la technique ancestrale de la cire perdue permet sa transformation en bronze. Malgré un poids pouvant dépasser les 200 kg, les œuvres conservent une légèreté émotionnelle remarquable, habitant l'espace avec douceur.
Une déambulation émotionnelle à découvrir
Le parcours, à suivre avec un plan disponible à l'office du tourisme, invite à une déambulation unique. Entre clowns rêveurs, rois hésitants et minotaures introspectifs, une galerie d'émotions se dessine, offrant une humanité à fleur de bronze. Le village se transforme ainsi en un labyrinthe d'émotions, où le visiteur avance, s'arrête et s'interroge.
Cet été, des dessins de Beth Carter viendront compléter l'exposition en intérieur, sur les cimaises du centre d'art de Mougins, enrichissant encore cette immersion dans son univers artistique.



