L'Express du 28 octobre 1974
Le Warhol anglais
David Hockney, 37 ans, peintre aux cheveux trop blonds, aux lunettes trop rondes, est l'équivalent anglais d'Andy Warhol. Mais l'agressivité américaine lui demeure étrangère. Hockney se range parmi les contestataires. Coqueluche de la bonne société londonienne, ayant choisi depuis peu d'habiter à Paris, il reste l'élève un peu dissipé, mais finalement médaille d'or, du Royal College of Art.
Le musée des Arts décoratifs lui consacre en ce moment une rétrospective où il présente trente tableaux et soixante-quinze dessins. En même temps, au Studio des Ursulines et au Mac-Mahon, sort A Bigger Splash, un film de Jack Hazan, dont il est l'inspirateur et le principal interprète. Il y tient son propre rôle et raconte sa propre aventure : sa rupture avec son ami le peintre Peter Schlesinger. Désarroi, voyages, difficultés de peindre se succèdent. La réalité est jouée, mais le jeu double réactualise un drame ressenti.
Une immersion dans l'art de Hockney
Les images du film imitent les peintures de Hockney, de sorte que les tableaux se transforment en environnement vécu, tandis que le vécu se change subtilement en œuvre d'art.
Dessinateur virtuose
Cette jonglerie intellectuelle se retrouve dans la rétrospective du musée des Arts décoratifs. Pleinement maître de sa technique picturale, Hockney multiplie les clins d'œil et les références culturelles. Ses tableaux sont remplis d'ingrédients plus ou moins épicés : peinture tachiste, ou gestuelle, style 1925, op art, pop art, pointillisme, impressionnisme. Dans ce paysage d'histoire de l'art, se déplacent des personnages déhanchés, proches de Bacon et de Klee, au début, puis évoluant vers un naturalisme flirtant avec l'hyperréalisme.
Dessinateur virtuose, David Hockney regarde la vie à travers le prisme des musées. Comme d'autres font des jeux de mots, il improvise des associations picturales qu'il investit d'anecdotes intimes. Le paradis, pour lui, ce sont les piscines californiennes où évoluent des éphèbes sans voile, et, dans ses tableaux, les garçons nus, vus de dos, laissent peu de doute sur le principal centre d'intérêt de l'artiste. Mais ces visions n'ont rien d'équivoque : une simple sieste de collégiens après la douche.
Les qualités et les limites de Hockney résident dans la fraîcheur de la vision et l'humour de l'interprétation. Avec tout son talent, il reste à la surface des choses, à la surface de l'art. Décontracté, il se moque de lui-même, se moque des modes, mais toujours du bout du pinceau. « Je vois le monde avec un certain détachement, dit-il, je cherche à m'en tenir à l'écart, un peu comme Serge de Diaghilev, qui portait des gants blancs pour éviter la contamination. »



