Le costume de lumière, de l'arène à la haute couture, exposé au musée Fragonard d'Arles
Costume de lumière : de la tauromachie à la mode au musée Fragonard

Le costume de lumière, entre tradition taurine et inspiration mode, s'expose à Arles

Du sable des arènes aux podiums des défilés, le costume de lumière révèle ses secrets au musée de la mode et du costume Fragonard à Arles. Cette exposition, intitulée "Costumes de lumières", plonge dans l'univers fascinant de ces tenues de matadors, mettant en lumière leur savoir-faire artisanal et leur symbolique profonde. Le projet a vu le jour de manière fortuite, lors d'une rencontre entre Clément Trouche, directeur du musée, et Alberto Perales, collectionneur madrilène passionné par ces costumes, lors des Journées du patrimoine.

Une exposition qui célèbre l'art et l'histoire du costume taurin

Présentée comme une parenthèse avant l'exposition estivale dédiée aux cavalières, cette manifestation s'inscrit dans une saison exceptionnelle pour la maison Fragonard, qui fête son centenaire. Dans la pénombre de la grande galerie, les costumes sont exposés avec une délicatesse qui rappelle celle réservée aux bijoux, traversant ainsi plus de deux siècles d'histoire. "L'objectif n'est pas de discuter de la corrida, mais d'étudier ce costume, son évolution et sa symbolique", précise Clément Trouche, commissaire de l'exposition.

Le parcours débute par le rituel de l'habillage, décrit comme un "processus magique de transformation". Le torero est l'une des rares figures masculines nécessitant l'assistance d'autrui pour se vêtir, une pratique rappelant l'Ancien Régime. L'exposition remonte ensuite le temps avec un costume rare du XVIIIe siècle, considéré comme un chef-d'œuvre de la mode tauromachique, juxtaposé à un habit aristocratique français de la même époque. À cette ère, la tauromachie était une affaire de noblesse et se pratiquait à cheval.

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Évolution et codification du costume au fil des siècles

Avec l'arrivée des Bourbons sur le trône espagnol, le pays délaisse le noir des Habsbourg, permettant au costume d'évoluer et de se codifier au XIXe siècle. L'avènement de la corrida à pied marque un tournant, la mode populaire des Majos investissant alors la piste. Deux silhouettes illustrent cette transformation, présentant un costume de l'époque de Goya suivi de sa codification par Paquiro. Ces pièces historiques, ornées de verroterie, passementerie et broderies luxueuses, témoignent de la place unique du torero, riche en traditions et transmissions.

Alberto Perales a prêté une résille ayant appartenu à Pepe Hillo, portée récemment par Morante de la Puebla lors d'une goyesque à Ronda. Hors des arènes, le costume de lumière captive également. Au XIXe siècle, la mode espagnole séduit la France, incarnée par le Carmen de Bizet et son personnage d'Escamillo, évoqué dans l'exposition via un costume noir créé pour le théâtre national d'Estonie. Cette silhouette allongée rappelle Le Torero mort peint par Manet.

Inspirations haute couture et créations contemporaines

Plus proche de nous, le brillant du costume de lumière a inspiré Yves Saint Laurent. Pour son défilé de 1979, le couturier, célèbre pour avoir créé le smoking féminin, célèbre la puissance avec l'or des matadors, arborant une cape sur l'épaule droite, à l'instar des toreros. Christian Lacroix, enfant du pays, puise abondamment dans l'Espagne et la tauromachie, présentant des créations baroques et spectaculaires, comme une veste Sangre de toro ou un costume conçu pour Juan Bautista dans les arènes de Nîmes.

L'exposition s'achève sur une note théâtrale, avec une chemise de matador créée chez Fermin, teintée en rose dans les ateliers de la Comédie-Française, symbolisant le lien entre haute couture, tauromachie et spectacle.

Une affiche poétique signée Mélanie Huertas

L'affiche de l'exposition s'appuie sur une photographie de Mélanie Huertas, illustrant "la rencontre de deux mondes : par les fleurs, celui de Fragonard, et par le costume de lumière, celui du musée", commente Clément Trouche. Cette photographe gardoise, installée en Andalousie après trente ans à Vergèze, travaille dans le milieu taurin et exprime sa fierté de voir son cliché mis en avant. "La maison Fragonard me renvoie à mon enfance et aux moments partagés avec ma mère, grande amoureuse de la marque", confie-t-elle, émue.

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Après avoir couvert la feria de Castellón, Mélanie Huertas se rendra à Arles pour immortaliser le matador Daniel Luque, promettant de visiter l'exposition pour admirer son œuvre, un cliché de 2019 montrant un matador avec un bouquet de fleurs.

Informations pratiques : Exposition "Costumes de lumières" jusqu'au 26 avril, tous les jours de 10h à 18h, au musée de la mode et du costume, 16 rue de la Calade, Arles. Tarifs : 8€, 6€. Tél. 04 90 18 37 37.