Calder à la Fondation Vuitton : l'art cinétique et le cirque intérieur
Calder : l'art cinétique et le cirque intérieur

Calder à la Fondation Vuitton : l'art cinétique et le cirque intérieur

Avec Alexander Calder, on revient toujours à l'imagination, mais paradoxalement, il prétendait n'en avoir aucune. L'artiste américain, disparu en 1976, se présentait plutôt comme un homme aux mains agiles, recroquevillé sur ses figurines en chiffon et fil de fer. Puis, se levant comme un chat qui s'étire, il accrochait haut dans l'espace ses créatures antinomiques de métal qui, au gré des courants d'air, allaient et venaient au souffle de son génie singulier.

Une rétrospective monumentale

En offrant à l'artiste tous les volumes de son architecture impossible, la Fondation Vuitton ne lui consacre pas seulement une rétrospective monumentale, elle raconte surtout la vie fascinante d'un véritable funambule de l'art moderne. L'exposition, dirigée par Suzanne Pagé, dévoile l'horizon extensible de la créativité caldérienne, depuis ses premières œuvres jusqu'à ses mobiles emblématiques.

Enfance et vocation précoce

Enfant de la balle artistique - avec un grand-père architecte, un père sculpteur et une mère peintre - Alexander Calder commence sa carrière d'artiste vers l'âge de 4 ans en posant nu pour son père. À 8 ans, il fabrique déjà des poupées et des bijoux pour sa petite sœur, ce qui conduit ses parents à lui construire un atelier dédié. À 9 ans, il réalise un autoportrait aux crayons de couleur le montrant à genoux par terre, une scie dans une main, un morceau de bois dans l'autre, entouré d'outils divers.

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Ce dessin révèle déjà l'idée que l'enfant se fait de lui-même : un artiste spectaculaire, en perpétuel mouvement. Le cirque s'impose naturellement à son univers créatif, avec un tabouret transformé en établi sur lequel des éléphants imaginaires pourraient grimper.

Formation et résistance familiale

Malgré ses dons précoces - à 11 ans, il crée déjà un chien et un canard en tôle de laiton d'une épure remarquable - ses parents tentent de l'éloigner de la voie artistique. Ils lui aménagent cependant de petits ateliers dans chaque nouvelle maison où la famille déménage fréquemment. Le jeune génie plie temporairement l'échine et poursuit des études d'ingénierie mécanique au Stevens Institute of Technology, formation qu'il prétendra plus tard ne lui avoir servi à rien, malgré ses créations techniques précoces comme un train électrique aux wagons éclairés par des bougies.

La révélation du cirque et du fil de fer

L'école militaire ne parvient pas à en faire un officier de marine comme prévu. Calder choisit finalement la voie artistique, mais même à l'école d'art, il semble faire fausse route initialement. Ses premiers tableaux, présentés dans l'exposition, sont émouvants par leur éloignement du Calder que l'on connaît aujourd'hui.

Pourtant, le cirque que l'étudiant docile avait momentanément mis de côté revient par la fenêtre, ou plutôt par le toit. La peinture de chevalet s'avère trop frustrante et banale pour ce grand gaillard plein d'énergie. Après avoir peint Flying Trapèze en 1925 et Circus Scene en 1926, il réalise que ce qui l'intéresse véritablement, c'est d'entrer lui-même dans l'arène créative.

Naissance d'un univers artistique unique

Calder veut fabriquer les gréements complets - depuis le mât de piste jusqu'au filet de voltige, en passant par les cordes et les barres fixes - et sculpter acrobates, chiens savants, clowns et funambules qu'il pourrait diriger à sa guise. 1926 marque aussi l'année où, à peine arrivé à Paris, il réalise son premier portrait de Joséphine Baker... en fil de fer, inaugurant ainsi sa réputation de "roi du fil de fer".

Le maître de l'art cinétique

La première salle de l'exposition place sous nos yeux le contraste fondamental de l'œuvre caldérienne : le maître de l'art cinétique, créateur de formes mouvantes aux couleurs primaires suspendues dans un équilibre d'une beauté mathématique, fut simultanément le papy bricolo du Cirque de Calder.

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Le film de Carlos Vilardebo, réalisé en 1961, capture magnifiquement cet aspect de l'artiste. On y voit Calder au sommet de sa gloire, posant son « gros derrière dans la sciure » pour créer devant la caméra ses figurines bancales en haillons rapiécés, tragicomiques, s'impliquant lui-même en Gargantua chef de piste avec sa femme en Gargamelle disc-jockey.

Un héritage vivant

L'exposition de la Fondation Vuitton révèle ainsi comment Calder a fusionné ingénierie, cirque et mobiles suspendus pour créer un univers artistique totalement original. Ses créations, à la fois ludiques et profondément réfléchies, continuent de captiver les générations. Un pur bonheur visuel à ne pas manquer, surtout avec des enfants, pour leur montrer comment l'imagination, même lorsqu'on prétend ne pas en avoir, peut transformer le métal et le fil de fer en poésie aérienne.