« Biotope » : une exposition qui interroge la photographie par l'altération
À la Maison de la photographie des Landes, à Labouheyre, se tient jusqu'au 9 mai 2026 l'exposition « Biotope », réalisée par le photographe Elie Monferier. Cette présentation unique est issue d'un processus créatif surprenant : l'altération méticuleuse de clichés historiques pris par Félix Arnaudin il y a plus d'un siècle.
Un protocole de création inédit
Le projet est né d'une proposition du directeur artistique Matthieu Sartre, visant à stimuler la créativité de l'artiste. Elie Monferier, photographe en résidence, a dévié de son intention initiale pour se concentrer sur les œuvres d'Arnaudin. Après avoir photographié les pages de la réédition du livre Au temps des échasses, il a utilisé un photocopieur laser Xerox pour multiplier les passes successives de la même image.
« J'ai réintroduit à chaque fois la copie de la copie, sans jamais revenir à l'original. Copier / copier », explique-t-il. Les 20 tirages exposés ont ainsi été photocopiés entre huit et douze fois, transformant les formes humaines en apparitions fantomatiques.
L'erreur comme moteur créatif
Plusieurs semaines de recherches ont été nécessaires pour aboutir à ce résultat. « Il est essentiel de se tromper, de dériver. L'erreur nous emmène dans d'autres manières de voir, de penser », affirme Monferier. C'est en feuilletant les œuvres d'Arnaudin à la médiathèque de Labouheyre qu'il a réorienté son travail, s'intéressant à la condition d'apparition des images selon leur support.
Les photographies altérées, disposées sur du papier recyclé et sur fond noir, voient des éléments disparaître et des formes nouvelles émerger. Marie-Pierre Penin, membre du club photo de Mimizan, décrit le concept comme « très particulier » et « une démarche intellectuelle spéciale ».
Le spectateur au cœur de l'œuvre
Pour Elie Monferier, la lecture de ces images est propre à chacun. « L'auteur de l'image, c'est le spectateur. Avec son regard unique, constitué d'affects, de références, d'oublis. Sans le spectateur, il n'y a pas d'œuvre », souligne-t-il. L'exposition permet ainsi une actualisation des travaux d'Arnaudin, réalisés entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle.
Inspirée par Francisco de Goya pour le flou et la dramaturgie, et par Pierre Soulage pour le noir total, « Biotope » interroge également l'évolution de la photographie. « Qu'est-ce que c'est que la photographie ? 200 ans après son invention, est-ce que c'est juste appuyer sur un bouton ? Je n'en suis pas certain », conclut l'artiste.
Informations pratiques
L'exposition « Biotope » est accessible gratuitement jusqu'au 9 mai 2026, les mercredis, jeudis et vendredis, de 14h30 à 18 heures. La Maison de la photographie des Landes est située au 36, rue Félix-Arnaudin, à Labouheyre. Le vernissage a rassemblé 70 personnes, témoignant de l'intérêt pour cette réflexion artistique innovante.



