L'Île de la Skibidi Tentafruit : quand l'IA crée des séries virales sexistes et racistes sur TikTok
Séries IA virales sur TikTok : fruits, insultes et inquiétudes

L'Île de la Skibidi Tentafruit : le phénomène TikTok qui inquiète les experts

Sur TikTok, une nouvelle tendance fait fureur auprès des jeunes : des séries animées générées par intelligence artificielle mettant en scène des fruits et légumes dans des situations de télé-réalité ou de vie quotidienne. L'Île de la Skibidi Tentafruit en est l'exemple le plus viral, avec des épisodes qui cumulent des dizaines de millions de vues. Pourtant, derrière cette esthétique colorée et humoristique, se cachent des contenus aux relents sexistes et parfois racistes, qui inquiètent sérieusement les spécialistes.

Une recette simple pour un succès phénoménal

Le principe de ces vidéos est basique :

  • Des personnages incarnés par des fruits ou légumes
  • Des scénarios inspirés de la télé-réalité des années 2000
  • Des dialogues puisant dans le lexique adolescent
  • Une durée d'environ une minute
  • Une fin annonçant systématiquement une suite

"Bienvenue dans un univers où les fruits racontent des histoires que personne n'ose raconter", résume l'un des créateurs de ces contenus. La viralité est assurée par une mécanique algorithmique parfaite : certains utilisateurs adorent et demandent la suite, d'autres critiquent vertement, ce qui fait remonter les vidéos dans les recommandations.

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Sexisme, racisme et violence : l'envers du décor

Derrière l'apparence humoristique se cachent des stéréotypes problématiques :

  1. Des représentations sexistes : les femmes-fruits sont souvent dépeintes comme superficielles, aguicheuses et rivales, tandis que les hommes-fruits sont infidèles et matérialistes.
  2. Des préjugés racistes : certains personnages appelés "chocolato" sont qualifiés de "méchants sans-papiers" ou réduits à leurs corps musclés, avec un langage explicitement discriminatoire.
  3. Des scènes de violence : les épisodes s'ouvrent fréquemment sur des cris ou des humiliations, créant une atmosphère tendue.

Mathieu Colin, directeur scientifique de la chaire Unesco en prévention de la radicalisation, explique : "L'IA générative a permis à ce type de discours masculinistes, sous prétexte d'humour et de fiction, d'être propagés dans des espaces fréquentés par des jeunes et d'échapper à la modération de ces plateformes."

Une manne financière considérable

La viralité de ces contenus se traduit par des revenus substantiels pour leurs créateurs :

  • Monétisation directe via les vues sur TikTok
  • Formations en ligne vendues entre 40 et 150 euros pour apprendre à créer ces vidéos
  • Placements de produits (crèmes de soin, cigarettes électroniques, compléments alimentaires)
  • Partenariats avec des marques comme Oasis, qui a lancé une canette en édition limitée

Un créateur anonyme interrogé par l'AFP affirme avoir cumulé plus de huit millions de vues et gagné plus de 1 000 euros en seulement quatre jours. Cette promesse de succès entrepreneurial est, selon Mathieu Colin, "très en vogue dans les courants masculinistes".

Les créateurs se défendent, les experts restent vigilants

Contacté par l'AFP, l'un de ces créateurs rejette toute visée idéologique : "Il suffit d'être drôle et de faire réagir les gens, peu importe le sujet. Ce sont des caricatures sur des sujets simples." Cet étudiant assure surfer sur la tendance depuis début mars pour gagner de l'argent, sans chercher à nuire à l'image des femmes.

Mélanie Gourarier, anthropologue au CNRS spécialiste des questions de genre, nuance cependant : "Il y a des scènes ultra-violentes. Mais si on est touché par ce genre de discours, c'est qu'on est déjà acquis à cette cause, ce ne sont pas ces vidéos qui vont faire basculer des gens."

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TikTok a indiqué à l'AFP ne pas autoriser les contenus qui "promeuvent la haine, les comportements discriminatoires ou les idéologies nuisibles", précisant que cette règle s'appliquait aussi aux formats humoristiques, fictifs, animés ou générés par IA. Pourtant, le phénomène continue de se développer, posant des questions cruciales sur la modération des contenus générés par intelligence artificielle et leur impact sur les jeunes audiences.