La plateforme vidéo iQiyi au cœur d'une tempête médiatique en Chine
Le service de vidéo en ligne iQiyi, souvent comparé au géant Netflix sur le marché chinois, se trouve plongé dans une vive polémique nationale. Cette controverse éclate suite au lancement officiel d'un nouvel outil technologique révolutionnaire, mais profondément contesté. Cet instrument, baptisé Nadou Pro, a pour objectif déclaré de simplifier et d'accélérer considérablement l'utilisation des images et des ressemblances numériques des acteurs dans des productions cinématographiques et télévisuelles générées intégralement par l'intelligence artificielle.
Une base de données d'artistes qui inquiète la profession
Lors d'une conférence tenue à Pékin, un cadre supérieur d'iQiyi a dévoilé des chiffres qui ont immédiatement alerté l'industrie du divertissement. Plus d'une centaine de célébrités chinoises, des acteurs et actrices de renom, auraient déjà rejoint une plateforme spécifique. Cette dernière vise explicitement à les mettre en relation directe avec des créateurs de contenus audiovisuels produits par l'IA, ces derniers cherchant à obtenir le droit d'utiliser leur image numérique. En Chine, où l'adoption des technologies d'intelligence artificielle dans le secteur du divertissement est extrêmement rapide et massive, les films et les séries générés artificiellement sont devenus monnaie courante sur les principales plateformes de streaming.
La réaction sur les réseaux sociaux, notamment sur Weibo, a été foudroyante et sans appel. De nombreux acteurs ont publiquement dénoncé l'existence de cette prétendue « base de données d'artistes », y voyant une menace pour leur intégrité professionnelle et leur contrôle sur leur propre image. Le sujet « iQiyi est devenu fou » est rapidement devenu le hashtag le plus commenté et le plus partagé sur la plateforme en milieu de journée, traduisant une colère et une inquiétude populaires.
Les clarifications de la direction et les inquiétantes prédictions
Face à cette levée de boucliers, Liu Wenfeng, un haut responsable d'iQiyi, est monté au créneau pour tenter d'apaiser les esprits. « Il y a un malentendu », a-t-il immédiatement affirmé lors de ses déclarations. Il a cherché à rassurer en expliquant que le contrôle ultime restait entre les mains des artistes. Selon lui, le type de série, la nature des plans et chaque utilisation potentielle doivent impérativement être confirmés et validés par l'acteur concerné. « Nous ne concédons actuellement aucune licence d'utilisation d'image d'acteurs de manière automatique », a-t-il précisé. « Notre objectif avec Nadou Pro est plutôt de permettre aux créateurs de contenus IA et aux acteurs intéressés d'établir plus rapidement des liens contractuels et des collaborations ».
Néanmoins, les propos tenus par Gong Yu, le directeur général d'iQiyi, n'ont fait qu'attiser les craintes. Il a en effet suggéré, dans un discours qui a beaucoup fait réagir, que les œuvres entièrement produites par des êtres humains, sans assistance artificielle, pourraient à terme devenir un « patrimoine culturel immatériel ». Cette expression, lourde de sens en Chine où elle désigne typiquement une relique du passé digne d'être préservée dans des musées, a été perçue comme une prophétie inquiétante sur la disparition future du travail artistique humain.
Les mises en garde sérieuses des experts juridiques
Au-delà de la polémique médiatique, des experts en droit et en technologie ont émis des avertissements solennels sur les risques juridiques et éthiques considérables d'un tel système. Li Zhenwu, un avocat renommé du cabinet Shanghai Star Law Firm, a exposé les dangers techniques inhérents. « Une fois que l'image numérique d'un artiste est utilisée pour entraîner les modèles algorithmiques d'une plateforme, des risques majeurs apparaissent », explique-t-il.
Il cite notamment le réglage fin des modèles d'IA, les fuites de données biométriques sensibles et surtout le « réentraînement secondaire non autorisé » des algorithmes. Ces risques, selon lui, sont extrêmement difficiles, voire impossibles, à éliminer une fois le processus enclenché. « Cela signifie concrètement que les actifs numériques d'un artiste, son image, sa voix, ses expressions, peuvent être réutilisés, modifiés et diffusés à l'infini, totalement en dehors de son contrôle et sans son consentement futur », a-t-il ajouté avec gravité. Cette perte de contrôle soulève des questions fondamentales sur le droit à l'image et la propriété intellectuelle à l'ère de l'intelligence artificielle générative.



