Dans une tribune publiée par Le Monde, un collectif de chercheurs et d'acteurs de la société civile dénonce la montée en puissance du « technosolutionnisme », une idéologie qui tend à confier aux innovations technologiques la résolution des problèmes sociaux et environnementaux, au détriment du débat démocratique et de l'action politique.
Une idéologie qui séduit les décideurs
Selon les signataires, cette approche séduit de plus en plus les décideurs publics et privés, séduits par la promesse de solutions rapides et efficaces. Pourtant, elle présente un risque majeur : celui d'évincer la délibération collective et la confrontation des idées, pourtant essentielles à toute démocratie. « Le technosolutionnisme réduit la complexité du monde à des problèmes techniques, et les citoyens à des utilisateurs passifs », écrivent-ils.
Les exemples ne manquent pas : applications de traçage pour lutter contre la pandémie, algorithmes de notation des enseignants, ou encore capteurs pour optimiser la gestion des déchets. Chaque fois, la technologie est présentée comme une solution neutre et objective, alors qu'elle véhicule des choix politiques implicites.
Un consensus apparent qui masque des divergences
Les auteurs de la tribune soulignent que le technosolutionnisme crée un consensus apparent autour de solutions techniques, masquant les véritables divergences politiques. « En faisant croire que les problèmes sont avant tout techniques, on évite de poser les questions fondamentales : qui décide ? Pour qui ? Au détriment de qui ? » interrogent-ils.
Ils appellent à une vigilance accrue face à cette idéologie, et à un réinvestissement du débat public. « Il ne s'agit pas de rejeter la technologie, mais de la remettre à sa place : celle d'un outil au service de la démocratie, et non l'inverse », concluent-ils.
Des alternatives existent
Plusieurs initiatives montrent qu'il est possible de concilier innovation technologique et participation citoyenne. Les chercheurs citent l'exemple des budgets participatifs en ligne, ou encore des plateformes de consultation citoyenne sur des projets de loi. Ces dispositifs, s'ils sont bien conçus, peuvent enrichir la démocratie plutôt que l'affaiblir.
La tribune a été signée par une trentaine de personnalités, dont des universitaires, des militants associatifs et des élus locaux. Elle intervient alors que le gouvernement français multiplie les annonces en matière de numérique et d'innovation, dans le cadre de son plan « France 2030 ».



