Artémis 2 franchit une étape décisive vers la Lune
Viser la Lune ne leur fait définitivement pas peur. Les astronautes de la mission Artémis 2 ont amorcé, lundi à 4h42, la dernière ligne droite avant leur vol autour de notre satellite naturel. Ils sont entrés dans la fameuse « sphère d’influence lunaire », comme l'a officiellement annoncé la NASA. Ce moment crucial marque le passage où l'attraction gravitationnelle de la Lune prend le dessus sur celle de la Terre, capturant le vaisseau Orion et son précieux équipage.
Un voyage historique porté par la gravité
Le vaisseau Orion, transportant trois astronautes américains et un astronaute canadien, a atteint le point précis où les forces célestes basculent. Désormais, la force gravitationnelle lunaire va naturellement rapprocher le module de l'astre, le guider pour qu'il le contourne, puis lui fournir l'élan nécessaire pour un retour vers la Terre sans nécessiter de propulsion supplémentaire. Une manœuvre de précision orchestrée par les lois de la physique.
Ce lundi, l'équipage d'Artémis 2 – composé de Christina Koch, Victor Glover, Reid Wiseman et Jeremy Hansen – écrira une nouvelle page de l'histoire. Plus de quatre jours après leur départ de Floride, ils deviendront les premiers humains à voler autour de la Lune depuis la mission Apollo 17 en 1972. Et cette fois, l'exploration prend une dimension inclusive inédite : pour la première fois, une femme et un astronaute noir effectueront ce survol lunaire, brisant le monopole des hommes blancs américains, souvent d'anciens militaires, qui caractérisait le programme Apollo.
Une Lune grandeur nature et des observations scientifiques précieuses
Pendant environ sept heures, à partir de 18h45, la Lune occupera tout le cadre du hublot d'Orion. Noah Petro, responsable du laboratoire de géologie planétaire de la NASA, décrit avec poésie cette vision : la Lune leur apparaîtra aussi grande qu'« un ballon de basket tenu à bout de bras ». L'équipage ne se posera pas, mais son rôle d'observateur est capital. Préparés pendant plus de deux ans, les astronautes sont entraînés à reconnaître et décrire avec une extrême précision les formations géologiques lunaires, notamment les subtiles teintes brunes ou beiges du sol.
Leurs descriptions orales, notes et photographies – trois appareils photo Nikon ont été embarqués – enrichiront considérablement les connaissances sur la géologie et l'histoire de notre satellite. Ils survoleront notamment la face cachée de la Lune, invisible depuis la Terre, et pourraient observer des régions jamais vues par les astronautes d'Apollo. Jacob Bleacher, chef de l'exploration scientifique à la NASA, se dit « extrêmement enthousiaste » à cette perspective. L'équipage a déjà entrevu le bassin d'Orientale, un gigantesque cratère surnommé le « Grand Canyon de la Lune ».
Des records, des éclipses et une retransmission mondiale
Cette mission pulvérise déjà des records. Les astronautes d'Artémis 2 dépasseront la distance atteinte par Apollo 13, devenant les êtres humains à s'être le plus éloignés de la Terre, en s'aventurant à plus de 406 000 kilomètres. Leur périple leur offrira aussi des spectacles uniques : une éclipse solaire, avec le Soleil disparaissant derrière la Lune, et un émouvant lever et coucher de Terre derrière l'astre lunaire. Un rappel poignant de la célèbre photographie « Lever de Terre » de 1968.
Pour partager ces moments historiques avec le monde, la NASA retransmettra l'événement en direct sur plusieurs plateformes, dont Netflix et YouTube. Seules 40 minutes de communications seront coupées, bloquées par la Lune. Kelsey Young, responsable scientifique de la mission, a promis : « Entendre cet équipage décrire la surface lunaire va vous donner la chair de poule. » Victor Glover, le pilote, a quant à lui livré un message poignant, décrivant notre planète comme « une oasis » au milieu du vide de l'univers.
Si Artémis 2 et la mission suivante prévue l'an prochain se déroulent comme prévu, la NASA envisage un retour des astronautes sur le sol lunaire dès 2028, ouvrant un nouveau chapitre de l'exploration spatiale habitée.



