Sandra Hoibian : « L'IA émotionnelle ne juge pas, ne trahit pas, ne contredit pas »
Sandra Hoibian : l'IA émotionnelle ne juge ni ne trahit

Une nouvelle forme d'intelligence artificielle

Dans un entretien accordé au Monde, Sandra Hoibian, directrice générale du Crédoc (Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie), revient sur les enjeux de l'intelligence artificielle émotionnelle. Contrairement aux relations humaines, explique-t-elle, cette technologie ne juge pas, ne trahit pas et ne contredit pas. Une caractéristique qui peut sembler attrayante, mais qui soulève des questions fondamentales sur la nature des interactions sociales.

Les promesses de l'IA émotionnelle

L'IA émotionnelle, capable de reconnaître et de simuler des émotions, est de plus en plus utilisée dans les secteurs du service client, de la santé mentale ou encore de l'éducation. Selon Sandra Hoibian, elle offre un espace sans jugement où les utilisateurs peuvent s'exprimer librement. « Elle ne porte pas de regard moralisateur, elle ne vous trahit pas et ne vous contredit pas », souligne-t-elle. Cette neutralité perçue peut favoriser la confidence et le partage d'émotions difficiles.

Les risques pour les relations humaines

Cependant, la directrice générale du Crédoc met en garde contre une dépendance excessive à ces outils. « Si l'on s'habitue à interagir avec une machine qui ne nous contredit jamais, on peut perdre l'habitude de gérer les conflits et les désaccords », explique-t-elle. Les relations humaines sont par essence imparfaites, marquées par des tensions et des réajustements constants. L'IA émotionnelle, en offrant une interaction lisse et sans friction, pourrait fragiliser notre capacité à naviguer dans la complexité des rapports sociaux.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Un besoin de régulation

Sandra Hoibian appelle à une réflexion collective sur l'encadrement de ces technologies. Elle insiste sur la nécessité de préserver des espaces d'échange authentiquement humains, où l'erreur et la contradiction sont possibles. « Il ne s'agit pas de diaboliser l'IA, mais de comprendre ses limites et de ne pas lui déléguer ce qui fait l'essence de notre humanité », conclut-elle.

Des implications sociétales

L'essor de l'IA émotionnelle interroge également les inégalités d'accès à ces technologies. Les populations les plus vulnérables pourraient être les plus exposées à des systèmes conçus pour apaiser sans résoudre les problèmes de fond. La chercheuse recommande une vigilance accrue et une éducation aux usages de l'IA dès le plus jeune âge.

En définitive, l'intelligence artificielle émotionnelle représente à la fois une opportunité et un défi. Si elle peut offrir un soutien précieux dans certains contextes, elle ne doit pas se substituer aux relations humaines, avec leurs aspérités et leur richesse.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale