Et si l'IA prenait les commandes du ciel ?
C'est en tout cas ce que prépare la Federal Aviation Administration (FAA). Selon Politico, elle développe actuellement un programme futuriste, baptisé SMART (Strategic Management of Airspace Routing Trajectories), qui pourrait bien révolutionner la gestion du trafic aérien aux États-Unis.
Officiellement, cette IA n'est pas là pour remplacer les contrôleurs aériens. Du moins en théorie. Mais pour la première fois, des systèmes d'IA vont anticiper les congestions, ajuster les trajectoires des avions et optimiser les flux avant même le décollage. Derrière ce projet, trois géants technologiques : Palantir Technologies, Thales et Air Space Intelligence.
Le ciel en « embouteillage permanent »
Depuis plusieurs années, les États-Unis font face à une pénurie chronique de contrôleurs aériens, à des infrastructures vieillissantes et à une explosion du trafic. Le choc politique provoqué par la collision mortelle entre un avion de ligne et un hélicoptère près de Ronald Reagan Washington National Airport, un an plus tôt, a exposé les failles d'un système considéré jusque-là comme l'un des plus sûrs au monde.
Toujours selon Politico, le secrétaire américain aux Transports Sean Duffy pilote désormais un vaste plan de modernisation technologique de plusieurs milliards de dollars, soutenu par l'administration Trump et le syndicat des contrôleurs aériens NATCA. Le patron de la FAA, Bryan Bedford, compare volontiers l'espace aérien américain à « un embouteillage permanent de Los Angeles », saturé chaque matin de retards et d'annulations.
L'IA ne pilotera pas les avions (pour l'instant)
Face aux inquiétudes suscitées par l'automatisation du ciel, les entreprises impliquées rassurent. « Pour être très clair, SMART n'a pas vocation à séparer les avions ni à gérer les fonctions critiques de sécurité », assure auprès de Politico Todd Donovan, vice-président de Thales pour les solutions de mobilité aérienne dans les Amériques.
Le rôle des contrôleurs resterait théoriquement intact : maintenir physiquement les distances de sécurité entre appareils, gérer les urgences et prendre les décisions instantanées impossibles à déléguer entièrement à une machine. Mais l'IA interviendrait « en amont », dans ce que les ingénieurs appellent la gestion stratégique des flux.
Concrètement, les algorithmes absorberaient d'immenses quantités de données (horaires des compagnies aériennes, prévisions météo, densité du trafic). Le système pourrait ensuite recommander des ajustements invisibles pour les passagers afin d'éviter les goulets d'étranglement avant qu'ils ne se forment. « Et si nous ralentissions un avion beaucoup plus tôt, mais à peine perceptiblement ? », résume Todd Donovan. « Le contrôleur voit alors le trafic arriver sans conflit. Son travail ne change pas, mais sa charge mentale diminue. »
Mieux vaut prévenir que guérir
L'idée de SMART repose sur une philosophie empruntée aux systèmes prédictifs financiers ou logistiques… prévenir plutôt que réagir. Aujourd'hui, une grande partie du contrôle aérien fonctionne encore selon une logique tactique. Lorsqu'un orage traverse le sud-est des États-Unis, les contrôleurs doivent improviser des attentes, détourner des appareils ou ralentir brutalement le trafic.
Le nouveau système voudrait agir des heures, voire des semaines plus tôt. Phillip Buckendorf, directeur général de Air Space Intelligence, explique à Politico que l'IA doit permettre de « prédire les trajectoires des vols à partir des calendriers des compagnies aériennes », puis de recalculer continuellement l'ensemble du réseau à mesure que de nouvelles données arrivent.
La bataille des géants du ciel
Mais pour y aboutir, le projet prend la forme d'un « challenge » expérimental entre les entreprises sélectionnées par la FAA. Chacune dispose désormais de laboratoires installés directement au siège de l'agence à Washington. Selon Todd Donovan, Bryan Bedford vient régulièrement observer les démonstrations.
La première phase dite de « preuve de concept » touche à sa fin. Une démonstration grandeur nature pourrait débuter dès septembre, avant une phase de validation courant 2026. Mais personne ne sait encore précisément comment SMART s'intégrera aux infrastructures informatiques archaïques de la FAA, souvent décrites comme obsolètes. Même son financement reste flou. Selon Todd Donovan, le projet ne disposerait pas encore de ligne budgétaire officielle propre.



