Le trimaran chaviré retrouve son élément naturel après un chantier de réparations intensif
Six mois après son dramatique chavirage lors de la Transat Café L'Or, le trimaran de classe Ocean Fifty du skipper rochelais Erwan Le Roux a finalement retrouvé les eaux du Port Atlantique ce jeudi 16 avril. Cet événement marque la fin d'une longue période de réparations et le début d'un nouveau chapitre pour l'embarcation, désormais rebaptisée « Plastic Odyssey Fifty ».
Un retour à l'eau chargé d'émotion
À 17h35 précises, la forme fuselée du trimaran s'est glissée entre les digues du port de pêche de Chef-de-Baie, sous les yeux émus de tous ceux qui suivent l'aventure du navigateur. « C'est un moment important. On revient de loin ! », confie Erwan Le Roux, visiblement soulagé. « Il a fallu beaucoup d'énergie pour y parvenir en l'espace de quelques mois. »
Le bateau avait subi des dommages considérables lors de son accident survenu dans la nuit du 26 au 27 octobre dernier, pendant les premières heures de la course entre Le Havre et la Martinique. Renversé par une vague violente, l'embarcation avait dérivé avant de s'échouer sur un banc de sable de Guernesey, nécessitant l'hélitreuillage de l'équipage.
Un chantier de réparations complexe
Pendant six mois, le trimaran a été abrité dans un hangar du Port Atlantique où une équipe dévouée a mené un lourd chantier de réparations. « Avec le chavirage et l'échouage, tout avait été arraché par les cailloux », explique le skipper. « La partie pied de mât du bateau était aussi très abîmée. On a avancé phase par phase, on a renforcé par endroits et vérifié que la structure n'était pas touchée. »
Les travaux ont également permis d'implémenter quelques évolutions techniques, tandis que le bateau a reçu une nouvelle casquette - la partie où l'équipage se protège - et une parure aux couleurs de son nouveau projet.
Un nouveau nom pour une nouvelle mission
La renaissance du trimaran s'accompagne d'un changement d'identité significatif. Rebaptisé « Plastic Odyssey Fifty », l'ex-« Koesio » devient l'ambassadeur d'une cause environnementale majeure. « Je deviens ambassadeur d'une cause qui a du sens pour l'équipe », déclare Erwan Le Roux.
Plastic Odyssey est une association dont le navire est récemment revenu en France après trois ans de périple autour de la planète pour lutter contre la pollution plastique des océans. Leur objectif est de réduire les déchets et de créer les conditions d'une économie circulaire autour de ces derniers. Le navire effectuera prochainement un tour de France pour sensibiliser la population à cet enjeu crucial.
Si Koesio a cédé sa visibilité sur le bateau au profit de Plastic Odyssey, le partenaire historique reste sponsor de l'équipage, démontrant un engagement fort en faveur de cette cause environnementale.
Un calendrier sportif serré
Le retour à l'eau marque le début d'une course contre la montre pour l'équipage. « Notre timing est hyper-serré puisque la saison des courses va démarrer, les Ocean Fifty Series », précise le skipper. L'acte 1 se déroulera à Sainte-Maxime du 28 avril au 3 mai, suivi immédiatement par l'acte 2 à Ajaccio.
Avant ces compétitions, l'équipe prévoit des navigations tests dès samedi après-midi pour déformer la plate-forme du bateau et tendre le gréement, puis un convoyage vers la Méditerranée. « On n'est pas certain d'arriver à l'heure, parce qu'on ne sait pas si la météo sera bonne pour passer Gibraltar et faire le tour de l'Espagne. Mais on a pour objectif de partir lundi », ajoute Erwan Le Roux avec réalisme.
La solidarité rochelaise à l'œuvre
Ce projet de renaissance n'aurait pas été possible sans le soutien massif de l'écosystème rochelais. « L'écosystème rochelais s'est retroussé les manches et nous a aidés pour prioriser les pièces dont on avait besoin », reconnaît le navigateur. L'Agence maritime de la Pallice (AMLP) a notamment apporté un soutien sans faille, permettant d'accélérer les réparations.
Cette solidarité locale revêt une importance particulière pour Erwan Le Roux, qui a récemment transféré le siège social de son entreprise à La Rochelle, renforçant ainsi son ancrage dans la région.
Surmonter le traumatisme du chavirage
Si l'accident reste présent dans les mémoires, l'équipage aborde l'avenir avec détermination. « Un chavirage, c'est toujours possible en Ocean Fifty », analyse le skipper. « C'est un ensemble de paramètres qui a conduit à cette issue, la mauvaise vague, le mauvais coup de vent et le mauvais angle du vent par rapport à l'axe du bateau. »
Le véritable changement de donne est survenu avec l'échouage sur le banc de sable, qui a considérablement aggravé les dommages. Depuis l'accident, Erwan Le Roux s'est concentré sur des objectifs clairs : réparer le bateau, le remettre à l'eau et retourner naviguer.
« Lors des premières navigations, quand on va se retrouver en équipage réduit au large, on va vraiment redécouvrir le bateau mais j'y vais sans appréhension », assure-t-il. « Le sentiment dominant, c'est le plaisir d'être en mer après tant d'efforts. »
Ce jeudi 16 avril, alors que « Plastic Odyssey Fifty » retrouvait son port d'attache, c'est toute une aventure qui reprenait son cours, mêlant désormais performance sportive et engagement environnemental.



