Felipe Berchesi : une vie entre le rugby et l'architecture
L'ouvreur uruguayen Felipe Berchesi, international de 35 ans, a marqué l'US Dax de 2017 à 2023 avant de voir sa carrière basculer en 2023. Alors que son ancien club affronte Mont-de-Marsan ce vendredi dans un derby landais à haut risque, il revient sur un parcours riche en rebondissements.
Des débuts uruguayens à l'aventure européenne
Né à Montevideo, Felipe Berchesi découvre le rugby jeune dans un pays où ce sport reste confidentiel. « J'ai choisi le rugby parce que les valeurs me correspondaient plus ! » explique-t-il. Faute de professionnalisme en Uruguay, il entame des études d'architecture tout en jouant avec son club, les U20 et l'équipe nationale à sept.
En 2013, à 22 ans, il tente l'aventure européenne : « Grâce à un ami, j'ai eu une touche à Badia, en Italie, puis à Rovigo. » Repéré par Michel Ringeval, coach de Chambéry, il signe en France en 2014. Après la Coupe du monde 2015, il rejoint Carcassonne en Pro D2.
Le défi des sélections nationales
International uruguayen à trois Coupes du monde, Berchesi décrit les difficultés des joueurs des « petites » nations : « Toute ma carrière, j'ai dû négocier la possibilité de jouer pour mon pays… Porter le maillot était une fierté, mais aussi une épreuve. » Un chantage lié à sa sélection le pousse à quitter Carcassonne en 2017.
Recruté par Jérôme Daret à Dax, il s'épanouit pendant six saisons : « J'ai tout de suite aimé cette région. Le climat, la végétation et les constructions basco-landaises ressemblent beaucoup à chez moi. » Il y reprend ses études d'architecture à San Sébastien, obtenant son diplôme en 2022.
La rupture avec l'US Dax
Une blessure au bras l'éloigne des terrains alors que l'US Dax, relancé par Jeff Dubois, accède à la Pro D2. Espérant revenir pour la Coupe du monde 2023, il subit un revers : « Après six saisons où je m'étais investi corps et âme, le club ne me voulait plus. Ça a été dur de se rendre compte qu'on est souvent aussi bon que son dernier match. »
La suite aggrave la situation : mis à l'écart de la sélection uruguayenne, sa compagne le quitte pendant l'été. « Ma famille n'était plus là, le club n'était plus là et ma sélection n'était plus là… Tout s'est dérobé sous mes pieds. »
Reconstruction et nouvelle vie
Resté à Dax pour sa fille, Berchesi entreprend une reconstruction : « On devrait être plus attentif au suivi psychologique pendant et après une carrière. Quand on n'est plus sur le terrain, plus rien n'est pareil ! » Il crée FB Architecture, sa propre structure : « J'existe différemment, aux côtés des projets de vie des gens. Aujourd'hui, je suis en paix avec ça. »
Pratiquant de nouveaux sports, il n'a pas pu faire ses adieux au rugby comme il l'aurait souhaité. « Je suis plus en forme que je ne l'ai jamais été. Qui sait, à 35 ans, je replongerais peut-être dans le bain d'un autre rugby, juste une dernière fois ? Mais uniquement pour le plaisir, comme aux premiers jours, chez moi, en Uruguay… »



