Les anciens internationaux français anticipent le choc européen
Les anciens internationaux français Jean-Baptiste Elissalde, Dimitri Yachvili et Xavier Garbajosa décryptent avec passion le quart de finale de Champions Cup qui opposera dimanche à 16 heures l'Union Bordeaux-Bègles au Stade Toulousain. L'un commentera sur France 2, l'autre sur BeIN Sports, et le troisième prendra place avec gourmandise devant sa télévision pour ne rien manquer de cette rencontre tant attendue.
Les anciens internationaux Dimitri Yachvili (61 sélections), Xavier Garbajosa (32) et Jean-Baptiste Elissalde (35) livrent leur regard expert et détaillé sur le choc qui s'annonce ce dimanche, partageant leurs analyses techniques et leurs anticipations stratégiques.
L'affiche la plus excitante du moment rugby
Jean-Baptiste Elissalde : « Oui, et de très loin. Les deux meilleures équipes européennes, voire plus, se rencontrent. C'est une affiche franco-française, entre deux équipes en pleine possession de leurs moyens, avec des joueurs extraordinaires, des duels passionnants, et deux collectifs qui se ressemblent, portés par la volonté de tenir le ballon. L'UBB s'est renforcée devant pour être un peu plus dure car c'est ce qui pèchait un peu face à Toulouse. Il y a de quoi être excité avant ce match. »
Dimitri Yachvili : « Ce sont les deux meilleures équipes européennes, voire du monde en termes de jeu. Toutes deux veulent gagner la compétition, et ce n'est pas un détail car on peut se poser la question pour certaines autres formations. Quand on voit Leicester qui met ses internationaux au repos pour un huitième de finale... »
Xavier Garbajosa : « Oui ! Elle vient un peu trop tôt dans cette phase finale. C'est le match phare du rugby actuel, la grande rivalité sportive. Les deux clubs ont cumulé les finales ces dernières saisons. Tout va compter : le passif, l'état de forme, les blessés, la dynamique. Et on aura les deux meilleures quinze possibles sur le terrain. »
Les différences tactiques entre Bordeaux et Toulouse
Jean-Baptiste Elissalde : « La plus criante, c'est que le jeu de Bordeaux tourne beaucoup plus autour de Matthieu Jalibert qui touche souvent le ballon sur la deuxième passe, alors que Romain Ntamack à Toulouse intervient plutôt sur la troisième. Le jeu toulousain est plus axial, avec des avants qui tournent autour d'Antoine Dupont, deux cellules de trois qui viennent se projeter. La deuxième différence, c'est que Toulouse serait un peu plus costaud devant – mais ça reste à vérifier. Pour le reste, il y a pas mal de similitudes, deux équipes qui vont dans le sens du jeu, qui utilisent rapidement le pied dans leur camp pour sortir vite. »
Dimitri Yachvili : « Elles se ressemblent beaucoup. Du 1 au 15, tous les joueurs sont capables de jouer dans les intervalles, de multiplier les passes après contact. Les avants jouent comme des trois-quarts et peu d'équipes réussissent à le faire sur une saison entière. Quand le Stade arrive en phase finale, le 'jeu de mains' est avant tout un jeu de puissance et de défi physique. C'était un peu la carence de l'UBB, mais elle a rattrapé son retard sur la conquête. »
Xavier Garbajosa : « Il n'y en a pas trop. Ces deux équipes se ressemblent dans le volume de jeu, la capacité à être dominante en conquête, des avants qui combinent puissance et déplacement, le travail sans ballon. Bordelais et Toulousains déplacent beaucoup le ballon, avec une alternance entre le pénétrant et le déployé, un style spectaculaire. Et puis il n'y a que des internationaux, des joueurs de très haut niveau à tous les postes ! »
La possibilité de surprendre l'adversaire
Jean-Baptiste Elissalde : « Au moins de trouver des failles... Je pense notamment au jeu au pied : Toulouse a plus l'habitude, sur les derniers matchs, de taper des jeux au pied contestables, tandis que Bordeaux joue plutôt long. Peut-être que ça peut changer, avec d'autres zones cherchées pour ne pas se fragiliser sur les contre-attaques. Mais à mon avis, ça se jouera surtout sur l'engagement. C'est ce qu'il s'est passé lors de la dernière finale de Top 14. Les Toulousains ont matraqué leur adversaire avec leur puissance physique. »
Dimitri Yachvili : « Je leur souhaite ! Vu le nombre de confrontations directes, ils sont obligés de se renouveler un peu. Toulouse est capable de sortir des nouveaux lancements, et l'UBB de surprendre, avec Matthieu Jalibert par exemple, ou Salesi Rayasi qu'on a vu le week-end dernier. Mais les mecs se connaissent par cœur, et tu ne peux pas tout changer. Peut-être que les initiatives individuelles feront la différence : une relance, un petit par-dessus... »
Xavier Garbajosa : « C'est ce que recherche chaque manager : aller là où on ne vous attend pas. Dans la semaine, ils se seront forcément posé la question. Les deux équipes, les deux staffs se connaissent très bien mutuellement : les forces, le peu de failles. Il y aura des initiatives individuelles, bien sûr, mais elles devront s'inscrire dans un cadre collectif compris et partagé par tous, par exemple sur les jeux au pied. »
Les duels clés à surveiller attentivement
Jean-Baptiste Elissalde : « Au-delà d'un cas particulier, j'attends surtout l'opposition entre les deux packs. En gros, celui du XV de France renforcé par Jack Willis, face à un adversaire un peu plus saignant que les années précédentes. Donc je vais regarder les premières collisions, les ballons portés et les mêlées, même si – à moins d'une très nette domination d'un côté – celles-ci seront vite jouées car en coupe d'Europe, les arbitres n'y passent pas beaucoup de temps. »
Dimitri Yachvili : « Le match des charnières d'abord, avec notamment les deux ouvreurs. Ensuite, Louis Bielle-Biarrey face à Teddy Thomas. Santiago Chocobares face à Yoram Moefana au milieu du terrain, ça risque d'être costaud aussi. À voir le match des packs aussi. Toulouse, c'est avant tout le défi physique, la conquête, l'agressivité au sol avec Willis qui va gratter des ballons. Si l'UBB relève ce défi, ils ont les armes pour rivaliser. »
Xavier Garbajosa : « Sans vouloir faire dans la langue de bois, il y aura des duels à absolument tous les postes. On parle de Romain Ntamack et Matthieu Jalibert, mais rien qu'au talon, on aura Peato Mauvaka et Julien Marchand d'un côté, et Maxime Lamothe de l'autre, soit les trois qui ont joué avec les Bleus dans le Tournoi et en novembre ! Je serai surtout très attentif à l'apport du banc de touche. Dans ce match, tous les curseurs vont être élevés à un très haut niveau et les remplaçants auront un rôle primordial. »



