Le Parc des Princes, le drop de Cazaubon, le plaquage sur Cantoni, la pénalité de Mazas, le Brennus, le retour à Agen : Daniel Dubroca garde des images gravées à vie de son premier titre. C’était il y a 50 ans, le 23 mai 1976.
Une finale historique
La 75e finale de l’histoire a consacré les « Héros de 76 ». Dix ans après « la finale de la honte » remportée par la bande à Pierrot Lacroix contre Dax (9-8), le SU Agen a terrassé le « Grand Béziers » (13-10, après prolongation). Le Graal pour tout un groupe autour du capitaine Alain Plantefol, déjà champion de France en juniors (1969) et avec la Nationale B (1973). Une époque où les finales se jouaient le dimanche après-midi et où les joueurs partaient encore « boire un petit blanc en ville » le matin du match !
Les détails du match
SU Agen 13 - AS Béziers 10, au Parc des Princes le 23 mai 1976. 40 300 spectateurs. Arbitre M. Messan. Mi-temps 4-3 (fin du temps réglementaire : 10-10).
- SU Agen : 1 essai de Plantefol (37e) ; 1 drop de Cazaubon (80e) ; 2 pénalités de Mazas (52e, 109e).
- AS Béziers : 1 essai de Paco (60e) ; 2 pénalités de Cabrol (39e, 47e).
L’équipe d’Agen : Morlaas (Guidi, 22e) - Lacroix, Mazas, Bernès, Fongaro - (o) Viviès, (m) Laclau (Cazaubon, 70e) - Lassoujade, Nieucel, Comté - Plantefol (cap.), Buzzighin - Dubroca, Bénésis, Solé. N’est pas entré en jeu : Mauroux. Entraîneurs : Marceau Ambal et Bernard Deyres.
AS Béziers : Cantoni - Casamitjana, Cosentino, J.-P. Pesteil, Séguier - (o) Cabrol, (m) Astre (cap.) - Saïsset, Estève, C. Pesteil - Palmié, Sénal - Vaquerin, Prax, Paco. N’est pas entré en jeu : Ferrer. Entraîneur : Raoul Barrière.
Les souvenirs de Daniel Dubroca
50 ans plus tard, jour pour jour, Daniel Dubroca n’a (presque) rien oublié de son premier Brennus soulevé à tout juste 22 ans. Ce titre de 1976 est son premier des trois Brennus avec le SUA, avant ceux de 1982 et 1988 comme capitaine. Interrogé sur ce qui rend ce titre si spécial, il confie : « Le premier, c’est la découverte. C’est surtout un titre remporté avec des joueurs qui ont couru après pendant de nombreuses années. Le Brennus n’était pas revenu à Agen depuis dix ans, tout le monde attendait ça. Quand le sacre arrive, c’est un plaisir immense, un partage immense. Et moi, bien sûr, c’était le premier ! Ça a été très fort. »
Face au « Grand Béziers »
En 1976, le SUA affrontait le double tenant du titre, Béziers, et n’était pas favori. Dubroca explique : « Non ! On avait déjà joué cette équipe de Béziers l’année d’avant en finale du Challenge Yves-du-Manoir et on avait perdu (16-12) pour le dernier match qui s’était joué à Colombes. Béziers était alors l’ogre du rugby français. Mais il y avait quand même une petite faille dans ce club : il n’arrivait jamais à concrétiser trois ans de suite. Ça s’est vérifié en 1976 ! On a vraiment eu la chance de jouer cette finale et de la gagner. Mais on ne l’a pas volée. »
Les clés de la victoire
Dubroca se souvient des moments décisifs : « Ça se joue à pas grand-chose… Il y a d’abord ce drop de Cazaubon pour égaliser sur le fil. Et en prolongation, ça se joue sur un coup de pied à suivre, avec l’arrière biterrois Cantoni qui veut essayer de relancer en faisant un crochet à gauche et un crochet à droite. Il n’a pas eu de chance : j’ai pris le bon côté ! Ça aurait pu être l’autre… Toujours est-il qu’il est plaqué dans ses 22 mètres, face aux poteaux. Derrière, il y a un avantage et puis un en-avant. Donc l’arbitre revient à la pénalité, qui est tentée et réussie par Mazas. »
L'ambiance au Parc des Princes et le retour à Agen
Le Parc des Princes, un monument pour Dubroca : « On ne connaissait pas le Parc des Princes, c’était la première finale dans ce stade puisqu’elle se jouait avant à Colombes ou en province. Des amis et ma famille étaient là, mais je ne pourrais pas dire combien de supporteurs agenais avaient fait le voyage. Le Parc des Princes, c’est un monument ! Il y a une résonance très particulière, beaucoup plus que dans n’importe quel autre stade, et notamment au Stade de France. Ça tapait fort, ça renvoyait un écho extraordinaire. »
Le retour à Agen fut mémorable : « On était monté à Paris avec un avion charter à hélices. Au retour, le vol avait été dérouté sur Albi pour faire le plein. Et puis, on est revenu sur Agen, où du monde nous attendait à l’aéroport. Cet accueil a marqué les esprits. On est sorti de l’avion, on est descendu sur le tarmac. Le Bouclier était porté à bout de bras par Buzzighin et Plantefol. Ils étaient tous les deux à 2 mètres, avec les bras en l’air ça faisait au moins 2,50 mètres, et on est passé à travers une foule en délire ! Ces gens-là avaient pris un plaisir énorme durant toute la saison. »
Une soirée inoubliable
La soirée se prolongea au Café de la Poste, lieu de rassemblement incontournable. « Une fois à Agen, on a commencé par dîner tous ensemble. Et à minuit ou 1 heure du matin, on est allé accueillir le train des supporteurs dans lequel il y avait nos familles, nos compagnes, nos enfants. C’était génial ! On s’est tous retrouvés au Café de la Poste, c’était le passage incontournable. C’était très fort : la gare d’Agen, tout le boulevard… Et le lendemain, ça a été le défilé dans les rues d’Agen. »
Des liens qui perdurent
Les anciens de 1976 continuent de se retrouver régulièrement. Dubroca explique : « On essaie de se retrouver une à deux fois par an autour d’un repas. On participe à la chasse des Tites, du côté de Houeillès. On s’est retrouvé aussi pour le dernier match à Armandie contre Soyaux-Angoulême et ce mercredi, pour la soirée de XV à Table. On a aussi une pensée pour certains de nos amis qui ne sont plus là. Entre les obligations familiales et ceux qui sont décédés, il manque du monde à l’appel. Mais on garde forcément des liens très forts. On a plaisir à se retrouver. La moindre occasion est toujours bonne à prendre. »
Le parcours jusqu’en finale
Dans une élite (Groupe A) constituée de cinq poules de huit clubs, le SUA a terminé premier de la poule E, avec seulement 3 défaites. « On avait notamment perdu contre Périgueux, qui n’a pas gagné un autre match de la saison », sourit Daniel Dubroca. Pour se hisser en finale, les Agenais avaient ensuite successivement battu sur terrain neutre : Le Creusot (23-6) en 16e de finale, Nice (12-12, au bénéfice des pénalités) en 8e de finale, Romans Péage (9-7) en quart de finale, et Narbonne (22-6) en demi-finale.
Les huit Brennus du SUA
Avant la finale de 1976, le SUA avait déjà soulevé le Bouclier de Brennus en 1930, 1945, 1962, 1965 et 1966. Il le brandira encore deux fois en 1982 et 1988.



