Le patinage artistique en plein essor aux JO 2026, mais son avenir reste incertain
Patinage artistique : succès aux JO 2026, avenir incertain

Le patinage artistique brille aux Jeux Olympiques 2026, mais son avenir est en question

À l’été 2024, la France célébrait les exploits de Léon Marchand, Pauline Ferrand-Prévot ou Clarisse Agbégnénou. Aujourd’hui, avec les Jeux Olympiques 2026 de Milan-Cortina, l’attention se tourne vers la danse sur glace, les arabesques et les programmes courts. Les chiffres d’audience sont éloquents : le sacre olympique de Guillaume Cizeron et Laurence Fournier Beaudry en danse de couple, mercredi 11 février, a été suivi par 4,4 millions de téléspectateurs, soit 25 % de part d’audience, avec un pic à 6 millions lors de la remise des médailles.

Des audiences télévisées impressionnantes

Mardi 10 février, le programme court, avec la participation d’Adam Siao Him Fa, a attiré 3,05 millions de téléspectateurs, représentant 17,6 % du public total. France Télévisions a dominé les audiences en prime time durant ces deux jours. Flairant le potentiel, Netflix a récemment publié un documentaire intitulé Danse sur glace : L’éclat de l’or et une série Rêve de glace consacrés à cette discipline.

Nathalie Péchalat, ancienne danseuse sur glace et présidente de la Fédération française des sports de glace de 2020 à 2022, explique ce succès : « En premier lieu, les Jeux sont de retour en Europe. Les Français n’ont pas les contraintes du décalage horaire, comme c’était le cas lors des éditions précédentes en Corée du Sud en 2018 et en Chine en 2022. » Elle ajoute : « Au-delà, le public se passionne parce qu’on a des patineurs exceptionnels, avec de réelles chances de médailles en danse sur glace. »

La dimension artistique et cinégénique du patinage

Guillaume Cizeron et Laurence Fournier Beaudry ont été sacrés champions olympiques en danse sur glace mercredi. Adam Siao Him Fa, troisième provisoire après un excellent programme court mardi, est bien placé pour décrocher une médaille ce vendredi. Outre la performance sportive, le patinage artistique possède une dimension cinégénique indéniable. Nathalie Péchalat souligne : « C’est un sport dont il n’est pas nécessaire de connaître toutes les règles pour se laisser emporter par les émotions et apprécier le spectacle. » Elle note que c’est l’un des rares sports artistiques, avec la natation synchronisée et la gymnastique rythmique, à offrir cette accessibilité.

Un engouement qui pourrait être éphémère

Céline Nony, grand reporter à L’Équipe, suit la discipline depuis les années 1990. Elle craint un « épiphénomène » : « Je n’ai pas le sentiment qu’il y ait un engouement qui dépasse le simple fait que des Français peuvent devenir champions olympiques. » Elle rappelle que le patinage a connu ses heures de gloire dans les années 1990, avec des figures comme Philippe Candeloro, les frères et sœur Duchesnay, et Surya Bonaly. À l’époque, l’engouement était mondial, boosté par des événements médiatiques comme l’affaire Kerrigan-Harding aux États-Unis.

Céline Nony contraste cela avec la situation actuelle : « Guillaume Cizeron est un sportif très largement établi, qui s’était arrêté et qui revient. Ça ne peut pas servir d’exemple à des enfants. » Elle pointe également les controverses entourant Cizeron, accusé par son ancienne partenaire Gabriella Papadakis dans un livre sorti en janvier 2026, ainsi que les commentaires sexistes de Philippe Candeloro, qui nuisent à l’image du sport.

Des infrastructures vétustes et un défi structurel

Pour qu’un sport s’installe durablement, il faut des modèles inspirants. Cependant, le patinage artistique français fait face à des défis infrastructurels majeurs. Nathalie Péchalat explique : « Aujourd’hui, nos patinoires tournent à un taux de remplissage de 100 %. On ne peut pas augmenter le nombre de licenciés sans plus de patinoires. » Céline Nony abonde : « Le parc des patinoires en France est vétuste. Elles ferment les unes après les autres, et peu de villes investissent dans des constructions nouvelles ou plus vertueuses. »

Elle ajoute que les patinoires, souvent des équipements municipaux ou régionaux, sont prioritairement réservées aux scolaires, limitant l’accès pour le sport de haut niveau. « Développer des disciplines quand il n’y a pas de structures, c’est impossible », déplore-t-elle. Malgré le titre olympique historique de Guillaume Cizeron, Céline Nony estime que cela ne suffira pas à relancer le patinage en France, rappelant que des athlètes comme Teddy Riner et Florent Manaudou ont déjà déclaré que « la France n’est pas un pays de sport ».

En conclusion, si les Jeux Olympiques 2026 ont offert un moment de gloire au patinage artistique français, son avenir reste incertain face aux controverses et aux lacunes infrastructurelles.