UBB vise une deuxième finale de Champions Cup face à Bath
UBB-Bath : duel des meilleures attaques en demi-finale

Ce sont des petites choses auxquelles il est facile de devenir accro. On pourrait évoquer cette brutale et grisante montée d'adrénaline propre aux demi-finales de Champions Cup. Mais il en va de même pour des petits détails bien plus futiles de prime abord. Qu'il s'agisse des convocations printanières au Stade Atlantique ou encore de l'air entêtant de l'hymne de la compétition que l'on se surprend parfois à fredonner durant les week-ends à rallonge du mois de mai...

Une banalisation à éviter

Parce que la banalisation est un poison, les joueurs de l'Union Bordeaux-Bègles doivent prendre bien soin de mesurer le caractère très éphémère de ces shoots de plaisirs à l'heure de se préparer à affronter les Anglais de Bath, ce dimanche (16 heures), pour l'obtention d'un ticket pour la finale à Bilbao le 23 mai prochain.

Le champion en titre est certes exactement là où on l'attendait. Pour avoir su se montrer à la hauteur de son nouveau statut jusqu'à présent, il s'est arrogé le droit de disputer une deuxième demi-finale consécutive à domicile. Pour avoir également su écarter avec autorité le Stade Toulousain au tour précédent (30-15), il a même enfilé le costume de favori à sa propre succession. « On connaît le cahier des charges dans cette compétition », apprécie le manager Yannick Bru.

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Cette lecture empreinte d'inéluctabilité ne doit cependant pas masquer le caractère un brin irrationnel du parcours d'une équipe qui n'est plus qu'à deux succès du record de victoires consécutives (16) réalisé par le Stade Rochelais lors de son doublé en 2022 et 2023. Inspirez, expirez, savourez...

La menace Bath

Son adversaire du jour est probablement le mieux placé pour témoigner de la fragilité des choses. Vainqueur de l'ex-H Cup en 1998 face à Brive – lors d'une finale disputée à Bordeaux, faut-il le rappeler – Bath ne s'est plus hissé dans le dernier carré continental depuis 2006. C'était face aux Biarrots, à Saint-Sébastien, l'année même où l'UBB était créée. Une éternité.

Si le nom de ce club flatte une forme de romantisme nostalgique pour les plus fidèles suiveurs de cette compétition, il ne procure pas le même frisson que celui du Leinster qu'il faudra affronter à Bilbao pour rêver d'un doublé. Minimiser la menace qu'il représente serait pourtant une grave erreur.

Champion d'Angleterre en titre, actuel deuxième de la Premiership, la formation managée par Johann Van Graan est redoutable. Son potentiel offensif, incarné par le talent d'un Finn Russell dont le duel avec Matthieu Jalibert suffirait à convaincre n'importe quel amateur de rugby d'allumer sa télévision, n'est plus à démontrer.

Cette confrontation entre les deux meilleures attaques de la compétition n'est cependant pas que la simple promesse d'un temps de jeu effectif hors de contrôle. Tout aussi prompte à utiliser le jeu au pied de pression que l'UBB, Bath possède une conquête abrasive capable d'être besogneuse. La titularisation de Thomas Du Toit à droite de la première ligne le rappelle, c'est tout sauf un détail eu égard aux prévisions humides de Météo France...

Un faux pas qui relance la pression

En temps normal, ces éléments auraient été suffisants pour tenir en alerte Maxime Lucu et ses partenaires. Mais en se prenant les pieds dans le tapis à Chaban face à Montpellier le week-end dernier (21-23) – un faux pas qui leur complique la tâche en Top 14 – ils se sont chargés eux-mêmes d'indexer le baromètre de la pression à la hausse cette semaine.

« On sait que le jour J, à l'heure H, on est capables de hausser le curseur et d'aller chercher notre dose d'adrénaline », minimise Yannick Bru. Pris dans le combat pur, les Bordelais n'en ont pas moins été invités à mener une séance d'introspection sans concession. Une comme tant d'autres qui ont permis par le passé à Adam Coleman et Maxime Lamothe de montrer leur meilleur visage.

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L'an dernier, la défaite face au Stade Rochelais ne les avait pas empêchés de renverser le Stade Toulousain en demi-finale. La colère avait pesé dans la performance réalisée par le pack de l'UBB ce jour-là. Pour une équipe jamais à l'abri de tomber dans la facilité, mais toujours capable de réagir dans l'adversité, la répétition de la formule peut-elle avoir les mêmes effets ? Le sentiment « d'injustice » (dixit Maxime Lucu) suscité par la suspension de Jefferson Poirot peut y contribuer. Reste à espérer que l'absence d'un élément qui pèse autant par ses grattages que par son leadership ne soit pas trop préjudiciable au moment d'exprimer cette réaction.

Un enjeu qui dépasse le simple match

L'enjeu transcende les simples rêves de doublé. Si un ticket pour la finale de la Champions Cup est sur la table, c'est en grande partie la fin de la saison de l'UBB qui sera en jeu. Alors qu'elle est d'ores et déjà promise à un parcours délicat en cas de qualification en championnat, une élimination la placerait face à la menace d'un vide soudainement vertigineux. Une situation qui exacerberait ses tourments du moment. Donnés grands favoris par les bookmakers, Matthieu Jalibert et ses coéquipiers ont toutes les cartes en main pour déjouer le scénario d'une saison blanche. Il ne tient qu'à eux de se ménager une nouvelle dose d'adrénaline à la fin du mois.